Rencontre avec Vladimir Guculak

20 septembre 2021

 
 

À l'occasion de son exposition "Rus in urbe"

Architecte paysagiste installé à Londres, Vladimir Guculak a inauguré le 11 septembre dernier son exposition photographique Rus in urbe sur le site historique de l'École nationale supérieure de paysage, le Potager du Roi. Nous l'avons rencontré le 17 septembre afin qu'il nous présente son parcours, nous explique son projet artistique ainsi que sa relation au Potager du Roi.

 
 
 
 
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Portrait de Vladimir Guculak.
 
 
 
 

Peux-tu te présenter ?

Je suis né en Lettonie à la fin des années 1980 et j'ai déménagé en Écosse pour étudier l'architecture paysagère à l'Edinburgh College of Art. Après avoir obtenu mon master et acquis une expérience professionnelle en Suisse, aux Pays-Bas et en Écosse, je me suis installé à Londres pour poursuivre une carrière dans le design. Il y a 3 ans, je suis devenu directeur d'un petit cabinet d'architecture paysagère à Londres. Nous réalisons la plupart de nos travaux en Angleterre, mais nous concevons occasionnellement des projets en Chine, en Russie et dans l'Union européenne. Ces six dernières années, j'ai enseigné en tant que maître de conférences à l'université de Kingston, à l'École nationale supérieure de paysage, à l'université de Greenwich et, plus récemment, au Bartlett, à l'UCL.

Quel lien fais-tu entre la photographie et ton métier ?

La photographie en tant que médium m'a toujours aidé sur le plan professionnel. Elle me permet d'analyser le paysage, d'enregistrer les changements et d'isoler des informations. Cet usage et intérêt pour la photographie a même abouti à un livre, Landscape Observer : London, publié par les éditions Jovis en 2017. Ce livre est essentiellement un tour d'horizon visuel de l'architecture paysagère contemporaine à Londres. Il offre d'ailleurs un aperçu complet des nouveaux projets réalisés au sein de l'espace public.

Qu'est-ce qui t'a conduit à la photographie ?

Après ma première publication, j'ai décidé de m'orienter vers une direction plus artistique. La photographie est devenue pour moi un moyen d'enregistrer et de commenter l'environnement urbain, c'est-à-dire la façon dont les personnes le modifient constamment et la façon dont il façonne en retour ses habitants. J'utilise un appareil photo numérique léger avec un objectif fixe doté d'une grande sensibilité à la lumière et d'une mise au point rapide, ce qui me permet de capturer des paysages lors de mes promenades à vélo dans Londres.

Depuis combien de temps réalises-tu des projets photographiques ?

Depuis que j'ai déménagé en Écosse pour étudier, je me suis mis sérieusement à la photographie et j'ai gagné quelques petits concours internationaux lorsque j'étais étudiant.

 
 
 
 

Peux-tu me parler du projet de ton exposition photographique Rus in urbe ? Quel lien fais-tu entre celle-ci et le site qui l'accueille ?

Je suis fasciné par la nature dans nos villes, par les différentes manières dont elle se manifeste et par la façon dont nous interagissons avec elle. Au cours des quatre dernières années, j'ai pris une série de photos visant à exposer des aspects que je trouve intéressants de ce monde naturel. À mon sens, le Potager du Roi est une version évoluée des premiers jardins créés par l'Homme car il s'agissait d'un Hortus Conclusus, un jardin clos où la nature était contenue, contrôlée et appréciée. 

 
 
 
 
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Travailler dans un contexte donné confère une dimension unique à l'exposition et créé une expérience unique selon Vladimir Guculak. Photo : Vladimir Guculak.
 
 
 
 

L'idée de l'exposition est d'examiner les principaux éléments du Potager du Roi qui se trouvent également dans de nombreux autres jardins : les pierres, les fleurs, les arbres fruitiers, les murs... qui sont ici les éléments clés du jardin et de montrer ces éléments primaires au sein d'une ville, d'un environnement urbain. Ce qui est intéressant, c'est que la perception et la relation à ces éléments changent puisque les objets, les textures et les formes familiers du jardin deviennent perdus et étrangers.

 
 
 
 
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Vladimir Gukulac s'est attaché à utiliser les "vides" du Potager pour y placer ses photographies dans l'intention de créer des interactions parfois surprenantes avec la végétation et les structures du jardin. Photo : Vladimir Guculak.

 
 
 
 

Peux-tu expliquer le lien entre les quatre séries de photographies (Hungry City, Rock Gardens, Hortus Mortus, Camouflage) présentées au sein de ton exposition ? Est-il préférable pour le visiteur de les voir dans un certain ordre ?

Chacune de ces séries se rapporte à l'un des éléments primaires du jardin et explore sa place et sa signification dans un contexte urbain. La plupart des images n'ont pas de nom particulier ; les lieux et le moment où elles ont été prises n'ont aucune importance. Collectivement, elles racontent des histoires et soulèvent des questions : pourquoi certains chantiers de construction sont-ils couverts d'images construites de paysages naturels ? pourquoi cueillons-nous une pomme dans un verger mais pas dans une ville ? pourquoi un gros rocher a-t-il été placé au bord d'une rue ? pourquoi aimons-nous regarder les fleurs ?

Il n'y a pas d'ordre particulier pour la visite de l'exposition. Un plan simple a été créé pour la brochure de l'exposition afin de vous aider à localiser toutes les photographies, mais il n'est pas si important. L'idée était d'utiliser autant de murs du jardin que possible et de faire en sorte que les visiteurs explorent tous les recoins du Potager du Roi en visitant l'exposition. Il était important pour moi de m'engager dans le jardin. Je cherchais à trouver des espaces uniques pour exposer mes photographies : des endroits cachés ou délibérément exposés, des endroits où les portes du jardin ou les arbres en arrière-plan compléteraient le sujet de l'image. Je voulais faire le lien avec les textures et les couleurs du jardin lui-même, mais aussi faire entrer dans le cadre l'environnement derrière les murs. Je souhaitais également travailler avec un jardin qui est toujours en transition, toujours en train de changer, et j'avais envie d'utiliser les fils et les supports en bois qui créent une grille solide pour la formation des arbres comme supports de présentation de mes photographies.

 
 
 
 
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Les différentes textures et couleurs des murs du jardin ainsi que les changements de temps contribuent à créer les conditions d'une expérience unique pour chacun selon Vladimir Guculak. Photo : Vladimir Guculak.
 
 
 
 

As-tu d'autres projets artistiques en ce moment ?

Je travaille actuellement sur un livre qui explore l'un des thèmes de l'exposition, Hortus Mortus. L'idée est de présenter des plantes qui ont un bel aspect après leur mort, de capturer la beauté de la décomposition et de donner des conseils sur la façon dont on peut concevoir et gérer les jardins. Je travaille également sur une série de collages qui utilisent des objets naturels et j'explore le moulage pour créer des sculptures et des bijoux inspirés par la nature.