Carnet de bord du Potager du Roi - vendredi 16 juillet 2021

16 juillet 2021

 
 

Par Antoine Jacobsohn, adjoint au Directeur, en charge du Potager du Roi

Au mot « Foin », Émile Littré, dans son Dictionnaire de la langue française de 1873-1874, fait mention du proverbe : « Année de foin, année de rien, parce que les années pluvieuses favorables aux prés, ne le sont pas à l'ensemble des récoltes ». La mention la plus ancienne que j'ai pu trouver de cette phrase date de janvier 1790. Elle se trouve dans un article sur les étangs de Bresse (un « pays » au Nord de Lyon, dans le département de l'Ain) qui figure dans les Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique (p41) de la Société d'agriculture de Paris. Et moi je l'ai entendu au Potager du Roi de la bouche d'un maçon d'origine portugaise, chef d'équipe, qui lui se souvient que c'est son voisin français au Portugal qui le lui a appris.

Ce qui est certain c'est que ce n'est pas une bonne année pour les fruits et pour les légumes qui aiment le chaud :

  • Il a fortement gelé début avril, en pleine floraison des poiriers. Les températures sont descendues à -4 °C les 6 et 7 avril, à -2°C les 12 et 14 avril et encore à -1 °C le 16 avril, en sachant que notre station météo est bien abritée. Il faut donc prendre en compte que certains espaces du jardin ont dû supporter des températures allant jusqu'à -6 °C.
  • En juin, nous avons été confrontés à 13 événements pluvieux avec des précipitations correspondant au double d'eau de la moyenne mensuelle (123 mm vs. 63 mm).
  • En juillet, la moyenne des températures des premiers quinze jours était de 18 °C, en-dessous de celle des quinze premiers jours de juin (20 °C).
 
 
 
 

À voir au Potager

Parmi les choses qu'il est possible d'observer, ce sont les arbres fruitiers du côté est du Potager du Roi, côté quartier Saint-Louis, en particulier les espaliers sur les murs exposés à l'est, au soleil levant, qui s'en sont mieux sortis que les autres. Dans l'ensemble, nous n'avons jamais eu aussi peu de fruits sur les arbres.

 
 
 
 
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Poires "Jules d'Airolles" dans le Jardin Du Breuil. Photo : École nationale supérieure de paysage.

 
 
 
 

Les noisetiers produisent bien cette année, même si à l'origine ce fruit n'était pas cultivé par La Quintinie. Depuis quelques années, les jardiniers en ont planté un certain nombre pour diversifier la production en fruits et utiliser le bois pour broyer en paillage.

 
 
 
 
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Noisettes dans le jardin Lelieur. Photo : École nationale supérieure de paysage.

 
 
 
 

Le Potager est en travaux et ça se voit. En respectant les barrières des chantiers, les visiteurs peuvent ainsi observer les maçons au travail. Ils peuvent mesurer la difficulté de protéger les sols des débris, les allées du poids des camions et de trouver le bon équilibre entre conserver, réparer et restituer.

L'objectif principal est de conserver les structures des murs en place et non pas de les reconstruire. Il est ponctuellement possible de comparer avant et après sur un seul pan de mur.

Les conférenciers prennent le temps lors des visites de montrer et expliquer les travaux en cours et c'est un plaisir de découvrir que l'intégration des travaux de maçonnerie dans la visite du site intéresse le public.

 
 
 
 
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Juxtaposition d'un enduit 100% plâtre avec celui d'un enduit ciment, au jardin 5e des Onze. Photo : École nationale supérieure de paysage

Ici, il y aura d'abord une injection de coulis de confortation, pour consolider les maçonneries, ensuite l'enduit ciment sera piqué et les joints dégarnis avant d'être regarnis et la surface ragréée. Finalement, un nouvel enduit de plâtre sera réalisé en deux passages (renformis et finition coupée).

 
 
 
 

Ci-dessous, les moutons du jardin Duhamel du Monceau attirent toujours les regards des enfants et de leur accompagnants.

 
 
 
 
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Les moutons d'Olivier Marcouyoux se plaisent sur le tas dont la terre sera remise à sa place au pied du mur restauré de l'autre côté de l'allée des Bourdonnais. Photo : École nationale supérieure de paysage

 
 
 
 

La Rocaille, en face, pousse de façon particulièrement vigoureuse cette année.

 
 
 
 
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Rocaille. Photo : École nationale supérieure de paysage.

La Rocaille est à proximité et constitue un espace ornementale et pédagogique fort apprécié.

 
 
 
 
Et, plus loin, au 2e des Onze, les poules se cachent sous les bancs.
 
 
 
 
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Les poules de l'association Picorama, au jardin 2e des Onze, se plaisent quelque peu cachées, et à côté des Kniphofia (ou Tritome à longues grappes) plantés par les étudiants. Photo : École nationale supérieure de paysage.

 
 
 
 

Depuis plusieurs années, les jardiniers ont permis à un énorme pied de cardon de pousser au pied de la rampe du Levant côté nord. Cette plante qui supporte bien la sécheresse et qui craint l'humidité l'hiver, se développe avec une rapidité étonnante. Il est plus que probable que certaines tiges vont se casser sous le poids de leurs feuilles et de leurs fleurs. Mais, les bourdons et les abeilles en profitent grandement, tout comme vous.

 
 
 
 
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Les cardons que les passants admirent ont le quartier de Saint-Louis de Versailles comme toile de fond. Photo : École nationale supérieure de paysage.
 
 
 
 

Dans le cadre du festival "Jardins ouverts" organisé par la région Ile-de-France, l'École nationale supérieure de paysage accueille trois sculptures de l'artiste Téo Bétin au Potager du Roi. Surprenantes, décalées, énigmatiques, elles intègrent des éléments du site soit à travers leur construction, soit à travers leur positionnement, et réussissent à la fois à se mettre en valeur et à valoriser ce qui les entoure.

 
 
 
 
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Escalier(s), installation réalisée par Téo Bétin. Photo : École nationale supérieure de paysage.
 
 
 
 

Travaux en cours

Plus il pleut, plus il faut tondre ! De surcroît, la pluie "lave" les feuilles des arbres fruitiers et cela nécessite de répéter les applications de kaolin, une argile blanche qui forme une barrière physique et dérange les différents insectes ravageurs dont le psylle, appelé également "Tigre du poirier"qui, malgré son nom, se trouve principalement sur nos pommiers.

Si ce n'est pas, pour le moment, une année à légumes-fruits comme les aubergines, tomates, courges, melons ou pastèques, c'est une belle année pour les laitues et les différentes racines.

 
 
 
 
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Les cultures nourricières du Potager du Roi sont insérées à la fois au pied des bâtiments d'enseignement de l'École nationale supérieure de paysage et sous les fenêtres des maisons qui longent le Potager au nord et à l'est. Photo : École nationale supérieure de paysage.

 
 
 
 

Nous récoltons au fur et à mesure et la présence de trous dans nos cultures indique généralement qu'un légume a été choisi par ... un de nos visiteurs.

Ce carnet de bord est dédié à Marie-Thérèse Delepierre, Rocailleur. Son mari Paul Delepierre, premier bénévole et organisateur principal de la Rocaille du Potager du Roi pendant plus de 30 ans, est décédé à la fin de l'année 2020.