Carnet de bord du Potager du Roi – mercredi 27 avril

27 avril 2022

 
 

Par Antoine Jacobsohn, adjoint à la Directrice, en charge du Potager du Roi

Les pêchers avaient presque fini de fleurir, les pruniers étaient en pleine floraison et les poiriers avaient bien entamé la leur quand, au lever du jour, le 4 avril 2022, le thermomètre placé dans le Grand Carré enregistra - 3,3 °C. Catastrophe ? Comme le 6 avril 2021 ? Il semble que non mais, comme vous le savez, il ne faut pas compter ses œufs avant qu'ils ne soient pondus.

 
 
 
 
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Le jardin Quatrième des Onze, le samedi 2 avril. Seuls les premiers poiriers sont en fleur. Photo : École nationale supérieure de paysage

François-Xavier Delbouis, jardinier en chef, rappelle que, selon les stades de floraison des espèces et des variétés, la sensibilité au froid n'est pas la même. Dans notre cas :

  • les poiriers pourraient supporter un gel jusqu'à environ -1,5 °C ;
  • les pommiers, moins ouverts, pourraient supporter des températures avoisinant -3,5 °C.

Quelque jours après le 4 avril, les jardiniers estimaient que nous avions perdu un tiers des fleurs de poiriers et très peu de celles de pommiers.

En ce qui concerne les pêchers, il faudra attendre la nouaison, c'est-à-dire le début de la formation du fruit, pour savoir ce qui a échappé au gel.

Pour les figuiers, il est certain que, s'agissant des variétés bifères (deux floraisons), nous n'aurons pas de figues fleurs et que, pour les variétés unifères (une seule floraison), le démarrage sera tardif.

Il semble que le rôle protecteur de nos murs, capables de créer un microclimat, à la fois par leur inertie thermique (ils ne refroidissent pas aussi vite que l'air) et par la limitation de la circulation de l'air, a fonctionné.

À la mi-avril, nous avons moins de dégâts que l'année dernière. Trois éléments contribuent à cette différence.

  • En 2021, le gel est arrivé après plusieurs jours à des températures de 15 à 16°C. Les arbres étaient en pleine croissance. En 2022, nous avons eu la chance d'avoir une baisse des températures dans les jours précédents. Le froid n'est pas arrivé aussi brusquement.
  • La floraison en 2021 était plus avancée qu'en 2022 et les fleurs étaient à des stades plus sensibles au gel.
  • Enfin, en 2021, une petite semaine après le gel, nous avons eu quatre jours avec des températures légèrement en dessous de 0°C. Cette année, pour le moment (j'y insiste), nous n'avons eu qu'un seul matin, celui du 10 avril, où la température a chuté sous la barre de 0°C (jusqu'à -1,5 ° C tout de même).
 
 
 
 
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Un Accenteur mouchet au Potager du Roi, photo prise le 5 avril 2022. Photo : Didier Guilbaud, PHANA

Le temps qu'il fait influence bien plus que les plantes : notre agroécosystème fonctionne en effet non seulement avec toute la flore mais aussi avec toute la faune.

C'est la troisième année qu'un ornithologue de l'Association des naturalistes des Yvelines fait des relevés de présence d'oiseaux au Potager et que des membres de l'association Photos animalières d'Auffargis (PHANA) viennent les saisir dans leurs appareils... photos.

 
 
 
 
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Un Chardonneret élégant au Potager du Roi, photo prise le 5 avril 2022. Photo : Pascal Serusier, PHANA

Cette année, nous réalisons également, avec l'expertise de l'Office pour les insectes et leur environnement (OPIE), un inventaire de l'entomofaune, c'est-à-dire des insectes. C'est un projet conçu il y a environ quinze ans.

L'objectif est de disposer d'indicateurs pour mesurer les effets sur la biodiversité des changements de pratiques culturales. Les insectes sont souvent regardés comme des ravageurs de cultures alors même que les auxiliaires et les pollinisateurs sont également à l'origine de deux grands services écosystémiques à l'agriculture. Ils sont de bons indicateurs des changements culturaux du fait de leur biomasse (leur abondance) et de leur diversité spécifique (le nombre d'insectes différents).

Pour le site du Potager du Roi et alentour, il s'agit également d'identifier les enjeux de la présence d'espèces ou de cortèges (séries d'espèces) à forte valeur patrimoniale, ainsi que le rôle du jardin en tant que trame verte, réservoir de biodiversité, etc. Enfin, l'école de paysage souhaite utiliser les insectes dans ses médiations scientifiques et culturelles pour valoriser leurs fonctions agroécologiques et la notion d'agroécosystème.

 

 
 
 
 
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Le jeu des différences... entre Carabidae. Production : OPIE

(Cette partie a été écrite avec l'aide de Bruno Mériguet et de Valentin Speckens, OPIE)

L'un des groupes cibles de l'inventaire correspond aux Carabidae, qui appartiennent à la famille des coléoptères (comme les coccinelles, les lucanes cerfs-volants, les cétoines, etc.). Plus connus sous le nom de carabe, ce groupe d'insectes compte près de mille espèces en France. Les Carabidae sont des coléoptères vivant principalement dans et sur le sol. Ils ont des régimes alimentaires variables, parfois phytophages (graines et jeunes pousses) et souvent carnivores (autres insectes, collemboles, petites limaces et vers de terre).

Afin d'étudier le cortège de Carabidae présents, des dispositifs de capture (modèle piège Barber) ont été installés. Il s'agit de flacons enterrés à ras du sol et contenant une solution de conservation (par exemple un mélange d'eau savonneuse et de vinaigre). Ils sont protégés de la pluie par un capuchon en plastique. Les insectes lors de leur parcours peuvent tomber dans le gobelet. Ils seront examinés et identifiés par la suite sous une loupe binoculaire.

Afin d'avoir une vision représentative des espèces présentes, cinq types d'endroits ont été choisis et, pour chacun d'eux, trois flacons disposés :

  • le jardin de la Figuerie (dans une ligne de plantes vivaces);
  • le Grand Carré (dans des sols cultivés proches des cultures d'asperges);
  • le jardin Duhamel (dans le pré-verger et dans le fruticetum);
  • enfin dans le jardin Troisième des Onze (au pied d'une ligne d'arbres fruitiers).

Les insectes qui seront tombés dans les dispositifs seront récoltés tous les quinze jours jusqu'à la fin du mois de juin.

 
 
 
 
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Installation d'un piège Barber. Production : Valentin Speckens, OPIE

Les papillons ainsi qu'un grand nombre d'insectes pollinisateurs Hyménoptères apoïdes et Diptères seront aussi inventoriés, essentiellement par recherche et capture au « filet à papillon ». Il ne faudra donc pas s'étonner de voir une personne habillée en vert soudainement bondir des cultures ! L'étude des captures faites et l'écriture du rapport correspondant seront réalisées au moment où les insectes sont le moins actifs, pendant l'hiver à venir.

Un projet de recherche mené par le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema), dans le cadre de l'étude des sols de l'agriculture urbaine en Ile-de-France, viendra étudier les corrélations avec les résultats de l'OPIE. Le Cerema placera également bientôt des pièges Barber dans d'autres espaces du Potager du Roi. Dans ce cas, ils n'étudieront pas seulement les Carabidae, mais l'ensemble de la diversité de la faune du sol (notamment en lien avec les caractéristiques physico-chimiques des emplacements), qui est l'objet des attentions et de l'analyse.

(Cette partie a été écrite avec l'aide de Clémence Riva, EGCE)

Enfin, le Potager du Roi accueille des expériences menées par le laboratoire du CNRS « Evolution, génomes, comportement, écologie » (EGCE), basé à Gif-sur-Yvette. Ces expériences concernent les insectes pollinisateurs. Au début du mois d'avril, des sachets d'exclusion ont été installés sur certaines inflorescences de pommiers et ont pour fonction de bloquer l'accès des insectes aux fleurs pendant la floraison.

Cette exclusion permet de créer deux lots d'inflorescences : un premier groupe qui sera pollinisé exclusivement par le vent et un second par le vent et par les insectes.

Pendant le développement des fruits, certains sachets de chaque groupe seront retirés et d'autres seront laissés en place jusqu'à la récolte. Il sera ainsi possible de comparer les niveaux de dommages occasionnés par les insectes ravageurs sur les fruits pollinisés ou non par les insectes pollinisateurs. Au moment de la récolte, les lots seront analysés en terme de rendement et de qualité de fruits obtenus.

La gestion conjointe des pollinisateurs et des parasites en agriculture (Integrated Pest and Pollinator Management - IPPM) est une stratégie récente et demande à être évaluée. Pour le projet, ces observations sont répliquées dans plusieurs vergers d'Ile-de-France.

L'objectif au Potager du Roi est d'évaluer les éventuelles interactions (synergie ou antagonisme) entre le service de pollinisation et la gestion des insectes ravageurs.

 

 
 
 
 
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Installation des sachets d'exclusion dans le jardin Lelieur, début avril, avant le gel. Production. Clémence Riva, EGCE