Une année à travers l'École nationale supérieure de paysage

16 juillet 2021

 
 

racontée par Tiphaine Laurent, étudiante au Certificat d’études supérieures paysagères

Inscrite au Certificat d'études supérieures paysagères (CESP), formation qualifiante d'un an, Tiphaine Laurent a intégré l'École nationale supérieure de paysage en septembre 2020. En fin de formation, elle a souhaité partager son expérience par le biais d'un récit à travers l'école.
 
 
 
 
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Séminaire jardinier la lisière et l'espace ouvert. Photo : Tiphaine Laurent
 
 
 
 

Une année de CESP au sein de l’école de paysage à Versailles

Au Potager du Roi, on rencontre tout au long de l'année des étudiants qui naviguent à travers les apprentissages de différentes formations de l'école. Ce sont les étudiants inscrits au Certificat d'études supérieures paysagères , dit CESP. Ils ont la particularité de choisir leurs cours dans les différents niveaux du Diplôme d'État de Paysagiste (DEP) et les parcours de formation continue, à partir d'un nombre d'ateliers et de modules définis. IIs devront valider leur formation par un projet personnel de fin de diplôme en septembre de l'année suivante. Je suis l'une d'entre eux et je souhaite vous parler de ce parcours traversant l'école, plutôt méconnu à l'extérieur comme à l'intérieur de nos murs.

 
 
 
 

Dans la continuité d'un parcours personnel

Issue d'un BAC Arts appliqués sur Bordeaux, d'un BTS Design d'espace à l'école Olivier de Serres- ENSAAMA (Paris) et d'un DSAA Alternatives urbaines (Vitry-sur-Seine), j'ai poursuivi en CESP. J'ai choisi cette formation plutôt que la deuxième année du DEP dans l'optique de mieux répondre à mes besoins spécifiques. En effet, de par mes études précédentes, j'avais déjà une pratique du projet de paysage. Néanmoins le CESP m'a permis de l'affiner et de la nourrir à travers les sciences du vivant, la géologie, l'histoire des jardins, la pratique jardinière ou encore les politiques territoriales.

Cette année, nous sommes 9 au sein de la promotion, rassemblés autour du désir de compléter nos compétences en matière de paysage. Nous sommes tous titulaires au moins d'un master 1 (en aménagement, écologie, recherche, art, ingénierie ou géographie) et beaucoup sont déjà des professionnels. Notre petite équipe de nomades arbore donc des profils et des parcours bien différents : de l'agronome à l'architecte, de la scénographe à la plasticienne jusqu'au designer. De la même manière que nos parcours, nous avons tous des désirs d'apprentissage différents, qui se sont révélés dans nos emplois du temps, construits au cas-par-cas. De fait, nous nous sommes croisés plus ou moins dans certains modules et nous nous sommes retrouvés hors-cours ou lors de nos réunions communes.

 
 
 
 

Un écosystème intellectuel et relationnel

Pour ma part, dès la deuxième semaine de rentrée, j'ai embarqué pour une semaine de voyage dans les montagnes vosgiennes avec pour compagnons, alors inconnus, trois étudiants de deuxième année du DEP. J'ai ainsi été propulsée au cœur du module Atlas.
 
 
 
 
Module-Atlas

Du 7 septembre 2020 au 27 janvier 2021 - Modules Atlas et Enjeux, acteurs et politiques (DEP2) sous l'enseignement de Monique Toublanc, Alexis Pernet, Patrick Moquay, Alain Freytet, Sophie Bonin, Claire Fonticelli, Roberta Pistoni, Olivier Gonin et Martin de la Soudière. Photo : Alexis Pernet

Le module Atlas consiste à identifier, qualifier et cartographier les paysages et les enjeux d'un territoire défini par notre équipe. Avec Nicolas Aizier, Lucile Daull et Nicolas De Bel Air, nous avons travaillé sur la rencontre entre Vosges méridionales et saônoises, expliquée ici lors de notre oral de présentation autour d'un apéro-paysage sur carte. Ce travail a ensuite été poursuivi dans le module Enjeux, acteurs et politiques avec Élise Potier. L'objectif était de comprendre les liens entre les acteurs et les enjeux puis de mettre en débat notre travail d'Atlas par ceux qui y vivent et/ou y travaillent.

 
 
 
 

J'ai intégré la classe de deuxième année du DEP pour la majorité de ses ateliers de projets et quelques-uns de ses modules, notamment les séminaires en écologie, la pratique d'un jardin partagé ou encore l'un des ateliers d'expérimentation artistique.

 
 
 
 
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Du 16 novembre 2020 au 12 janvier 2021 - Atelier 6 Explorer le monde à l'heure du changement climatique (DEP2) sous l'enseignement de Julian Raxworthy, Sébastien Penfornis, Yara Falakha, Louise Brukman, Bec Stephens. Production : Tiphaine Laurent et Moé Muramatsu.

Cet atelier en anglais cherche à imaginer et expérimenter des stratégies paysagères et des trames urbanistiques concernant le développement urbain de la périphérie de la ville de Canberra (Australie). Il s'agit en parallèle d'interroger la gestion du feu face au changement climatique en cours. Avec Adriano Duarte et Moe Muramatsu, nous nous sommes interrogés tout au long de l'atelier sur notre légitimité en tant que paysagistes à travailler sur des lieux fortement éloignés géographiquement et culturellement. Non seulement il était impossible de rencontrer le terrain ou ses habitants, mais il était difficile de communiquer autrement que par écrans interposés, suite à la crise sanitaire.

 
 
 
 
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Du 13 au 15 janvier 2021 - Atelier d'expérimentation artistique Projection privée (DEP2) sous l'enseignement d'Olivier Marty et Laura Brunellière. Photo : Tiphaine Laurent

Ce court atelier consistait à retranscrire ce qui nous avait capté d'un film projeté en demi-classe : pour nous Stromboli réalisé en 1950 par Roberto Rossellini. En équipe avec Jillian Ajot et Nicolas Aizier, nous avons fabriqué une sculpture en plâtre, utilisée dans le cadre d'une performance dansée et scénographiée. Nous avons pu l'exposer par la suite à la fenêtre du bâtiment de la Figuerie, avec vue sur la cathédrale Saint-Louis.

 
 
 
 
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Du 1er février au 4 mai 2021 - Atelier 7 Un territoire sous influence métropolitaine (DEP2) sous l'enseignement de
Björn Bracke, Florent Clier, Chloé Nachtergael. Travaux d'analyse en équipe avec Thomas Jean, Alexis Campagne, Maxime Nauleau, Hélène Isil, Constance Vidon, Louis Guibert. Production : Tiphaine Laurent

Le studio CO-HABITAT, projet de paysage à grande échelle en vallée de l'Eure (28), explore le rôle de l'aménagement paysager dans la lutte contre la perte de biodiversité et dans la création de nouvelles formes de cohabitation entre non-humains et humains. Ci-dessus, l'une de mes propositions représentant un coucher de soleil au bord du paysage des 1000 mares à l'étang d'Écluzelles. En période de reproduction, lors d'un jour de Mai en 2085, un concert d'amphibiens nous accompagne.

Par la suite, j'ai rejoint les premières années pour plusieurs enseignements d'histoire des jardins, d'écologie, de relief et géologie, de jardinage ou de botanique. J'ai travaillé avec plusieurs d'entre eux à l'occasion de notre dernier atelier intitulé Jardin du futur.

 
 
 
 
jardin du futur

Du 12 avril au 15 juin 2021 - Atelier 4 Jardin du futur (DEP1) sous l'enseignement de Françoise Crémel, Hermeline Carpentier, Lucie Poirier et Simon Cathelain. Production : Tiphaine Laurent

L'atelier Jardin du futur consiste à réfléchir à notre désir de jardin et à notre métier de paysagiste à travers la manipulation de la couleur, de la matière puis d'une plante au sein du Potager du Roi. Avec le médium de la vidéo, l'un des travaux consiste à interviewer un agriculteur au sujet de sa relation au jardin et à son métier. Avec Marie-Pia Sindt et Juliette Laporte, nous sommes parties dans le Val d'Oise puis avons monté, illustré et animé 3 minutes d'interview.

Lorsque les étudiants en première année ont assisté à leur dernier cours avant leur passage en seconde année, c'était déjà pour moi le début de mon immersion dans mon projet de fin d'études.

J'ai également pu à l'occasion du cours Connaissance et utilisation des végétaux de la formation continue, rencontrer de nouvelles personnes et de multiples professionnels : pépiniéristes, horticulteurs, paysagistes, arboriculteurs...

Finalement, cette école est un écosystème de pensées et de pratiques qui s'entremêlent et se mettent en débat. Que ce soit entre les étudiants de la formation DEP, de la formation continue, les apprentis, les professeurs, les chercheurs, les intervenants, les jardiniers, le CESP a la faculté de nous mettre devant ces possibilités de rencontres.

 
 
 
 

Une philosophie et une réalité de l’adaptation

Si la richesse de ces échanges est favorisée par le caractère transverse du CESP, il est néanmoins nécessaire de savoir s'adapter à la multiplicité, au chevauchement, à l'immédiateté et à la surprise. Le CESP, c'est tenter de gérer avec souplesse et flexibilité des travaux et des rencontres de toutes parts. C'est donc une année énergique, où nous apprenons à gérer cette philosophie de l'adaptation, qui est pourtant bien réelle.

Tiphaine Laurent, étudiante en CESP (2020-2021)

IG : Iphiclides_davidii