Séminaire Le jeu 2020

22 octobre 2020

 
 

Thème : Littoral, en-JEU-x du paysage et gouvernance. Quels outils ?

Du 12 au 16 octobre, s'est déroulé le séminaire Le jeu, fruit d'une expérimentation pédagogique interétablissements lauréate d'un appel à projets innovants porté et financé par le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation (Agreenium). L'objectif principal était de proposer un croisement des regards et des cultures professionnelles aux étudiants, futurs paysagistes diplômés d'État, de l'Institut Agro - Agrocampus Ouest (ACO) et de l'École nationale supérieure de paysage (ENSP), autour de la thématique des paysages littoraux. 

 
 
 
 
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Les étudiants devant la Salorge du centre socio-culturel du Talmondais transformée pour l'occasion en atelier de travail.

 
 
 
 

Le site étudié

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 Le fleuve du Payré et son estuaire

Partant du constat que le paysage littoral est dynamique et donc changeant, à savoir qu'il est en mouvement dans sa matérialité et son immatérialité, dans son impermanence, les étudiants ont eu pour site et périmètre d'étude le littoral du Payré à Talmont-Saint-Hilaire en Vendée, un espace entre terre et mer offrant à la vue et à la sensibilité du promeneur un paysage très diversifié. L'eau salée apportée par les marées entre par l'estuaire du Payré, parfois caché par des dunes grises ou boisées, et remonte dans les terres rencontrant les eaux douces apportées par le petit fleuve du Payré. Cette eau vient alors alimenter les zones conchylicoles, les marais salants et les marais à poissons, aménagement original de ce lieu avec sa structure en forme de « peigne ».

 
 
 
 
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Marais à poissons en peigne

Ce territoire aux ambiances diverses (boisements de pins sur dune, estuaire, salines, marais à poisson, prairies humides, parcs à huîtres, cordon dunaire, pêcheries, champs agricoles, zone urbaine, etc.) est marqué par une diversité d'usage. Co-construit par des faits de nature (marais, tempête, ...) et des faits de société (aménagements de protection, exploitation des vasières, ...) il a acquis une dimension patrimoniale forte, pour sa nature (zone Nature 2000, acquisitions par le Conservatoire du littoral) et pour son paysage (sites classés au titre de la loi de 1930, dispositif Grand Site de France à l'étude). Site touristique, site protégé mais aussi exploité, l'équilibre entre ces différents statuts et vocations est ténu.

 
 
 
 
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La dune identifiée comme espace naturel sensible.

Face aux menaces liées à l'érosion des petites falaises de la côte du Payré, à la montée des eaux et à la mobilité de la flèche sableuse - dont l'origine anthropique accentue l' instabillté - mais aussi face à l'enjeu du maintien de la pluralité des activités sur ces espaces, on peut légitimement se poser la question des effets de l'opération Grand Site de France (3000 ha) sur le devenir de ce territoire.

 
 
 
 

Les outils utilisés

Le fil rouge suivi par les étudiants se composait de trois éléments : le trait de côte (l’eau, la terre, les éléments biophysiques), l’habiter (des hommes, des plantes, des animaux, …) et la mémoire (des hommes, du sol, des formes héritées). L’ensemble formant un socle commun offrant aux paysagistes concepteurs issus des deux écoles les moyens de restituer un état des lieux et de se projeter dans des intentions de projet d’aménagement à travers l’utilisation de trois outils : le jeu de rôle, le récit de vie et la storymap.

  • Le jeu de rôle est un dispositif qui fait jouer aux élèves le rôle d’acteurs dans une situation donnée imitant la réalité. Ses vertus sont multiples : compréhension d’un jeu d’acteurs en l’incarnant, saisie de la dimension politique du paysage, acquisition de notions complexes comme acteur, action, interaction sociale, stratégie, ... -, renouvellement de la démarche du projet de paysage, réflexion sur les figures du concepteur et de l'ingénieur et sur leur place dans la société au regard des autres acteurs.
  • Le récit de vie, méthode utilisée en ethnographie et en histoire sociale, est peu exploré par les paysagistes. A partir d’une grille d’entretien construite en fonction des thématiques abordées par le projet, il permet de retracer la trajectoire des paysages au travers de l’expérience des personnes choisies. La mémoire est au cœur du dispositif.
  • Les storymaps ou cartes narratives permettent, grâce à des outils cartographiques numériques, de spatialiser de manière dynamique des évènements relatés dans un récit. Elles s’appuient sur la valorisation de divers supports (photographies, vidéos, récits, sons...) (Cacquard, 2017).
 
 
 
 

Les enjeux et objectifs du séminaire

Accompagnés d'enseignants appartenant aux deux écoles - Nathalie Carcaud, Véronique Beaujouan et Léa Paly ( Agrocampus Ouest - Institut Agro), Monique Toublanc et Laurence Robert (École nationale supérieure de paysage) - , les douze étudiants paysagistes en 3e année (niveau master 2) (ENSP Versailles) et les huit de Master 2 de la spécialité paysage (ACO Angers) Angers ont eu à traiter des dynamiques et processus (étalement urbain, déprise agricole, développement touristique, patrimonialisation des espaces à caractère naturel, changement climatique,...) à l'œuvre sur le littoral - et ses paysages - , en les envisageant d'un double point de vue objectif et subjectif, scientifique et sensible.

L'objectif était d'apporter aux étudiants les moyens de réfléchir aux modalités de gestion des littoraux et de les préparer à apporter une contribution en tant que paysagistes aux questions posées. En retour, au-delà de leurs spécificités, ces espaces offrent un vrai potentiel didactique : d'abord, parce qu'ils condensent les grands enjeux sociétaux de notre époque, ensuite parce qu'ils sont le théâtre d'un jeu d'acteurs d'une complexité et d'une richesse exceptionnelles. Ainsi, travailler sur/avec ces espaces, c'est se préparer à une grande diversité de situations professionnelles futures et ce, au-delà même du littoral.

 
 
 
 

Le déroulé du séminaire

Le premier jour, l'ensemble des élèves a arpenté le territoire sous la houlette d'acteurs locaux et des cinq encadrants. Cette découverte collective du territoire leur a permis d'identifier les thèmes qui seront ensuite explorés pendant toute la durée du workshop.

À l'issue de cette 1e prise de contact avec le territoire, ils ont formé 3 équipes terrain constituées de 6 à 7 élèves. Chacune d'elle composée d'élèves de l'École nationale supérieure de paysage, de l'Institut Agro et de représentants des trois groupes de travail « outils » (storymap, jeu de rôle et récit de vie) a exploré le territoire en suivant un transect prédéfini. Le soir, les élèves se retrouvaient par groupe outil pour mettre en commun les données recueillies et débriefer. Cette organisation avait le mérite de favoriser et de démultiplier les échanges entre les élèves des deux écoles d'une part et autour des 3 outils d'autre part.

Après ce temps d'enquête et d'observation sur le terrain incluant des rencontres avec différents acteurs locaux (habitants, agriculteurs, ostréiculteurs, élu, ....), les élèves ont travaillé en atelier par groupe outil pour rendre compte de la problématique du site exploré avec comme consigne de mobiliser l'outil qui était le leur.

 

 
 
 
 
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La restitution orale de l'outil jeu de rôle.

Le séminaire s'est ensuite achevé sur une restitution par chaque groupe outil des résultats de son exploration et de son analyse. Les acteurs rencontrés sur le terrain ont été invités à la présentation orale. Par groupe « outil », deux types de restitution étaient attendues, orale et écrite. Plusieurs formes de traduction des données recueillies étaient possibles : graphique, discursive (oral et écrit), corporel et comportementale (en particulier à travers le jeu de rôle), filmique, etc. Chaque groupe était libre d'imaginer la forme qui lui semblait la plus adaptée, tant à l'oral qu'à l'écrit, à son outil. Liberté dont ils se sont emparés avec bonheur et enthousiasme.

 
 
 
 

Conception, organisation, accompagnement et encadrement

Un collectif de cinq personnes a porté la mise en œuvre du projet :

Monique Toublanc - ingénieur paysagiste et sociologue - est maître de conférences au département des sciences humaines et sociales de l'ENSP. Ses travaux de recherche et son enseignement ont pour objet les interactions entre l'action publique et la fabrique habitante des « paysages ordinaires », ruraux et périurbains.

Laurence Robert est une ancienne étudiante de l'ENSP, aujourd'hui paysagiste conceptrice dans l'atelier LA TERRE FERME. Elle enseigne à l'ENSP et à l'ENSAB (Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Bretagne).

Nathalie Carcaud est professeure de géographie et spécialiste de l'histoire des paysages fluviaux à ACO. Elle co-anime une spécialisation d'Ingénieurs en paysage.

Véronique Beaujouan est maître de conférences en géomatique, responsable notamment des enseignements en Systèmes d'Information Géographique à ACO.

Léa Paly est doctorante à ACO, sa thèse porte sur l'étude de l'évolution des paysages de zones humides littorales atlantiques du XVIIème au XXIème siècles.

 
 
 
 

Conférences et rencontres

Pour préparer la semaine d'immersion dans le terrain, 2 conférences ont été organisées : la 1e a pris la forme d'un témoignage sur les leçons à tirer de la tempête Xinthia sur l'Île d'Oléron (Patrick Moquay politologue, professeur en sciences humaines et sociales, et Directeur délégué à la recherche à l'ENSP).

La 2e avait pour objet une présentation de chacun des outils : le récit de vie (Chloé Jareno paysagiste diplômée d'ACO, site d'Angers) ; le jeu de rôle (Monique Toublanc), la storymap (les élèves d'ACO et Véronique Beaujouan).

Pendant la semaine sur le terrain, les élèves ont pu rencontrer certains acteurs du territoire et recueillir leur parole. Sans exhaustif, on citera Marion Dauvergne en charge de la gestion des marais à poissons acquis par Conservatoire du Littoral, Mme Belaz de l'Office du tourisme de Talmont St Hilaire, Alain Freytet paysagiste DPLG mandaté par le Conservatoire du littoral pour réaliser un schéma d'intentions paysagères sur le marais du Payré, David Robbes, élu de la commune de Talmont en charge de l'environnement, Hervé Crépeau et Samuel Poupin responsables des activités nature au Centre socio-culturel Talmondais, Guillaume Da Silva animateur Natura 2000, un élu de la Communauté de communes Vendée Grand Littoral, .... Ils sont ici tous remerciés d'avoir accepté de partager leur connaissance du littoral et plus particulièrement du marais du Payré.


Photos : Léonard Chaumontet, Nathalie Carcaud, Léa Paly, Monique Toublanc