Séminaire Agropaysage 2022 : quel territoire de Villarceaux en 2050 ?

23 novembre 2022

 
 

Du 16 au 21 octobre 2022 à la Bergerie de Villarceaux

Pendant une semaine intensive, une douzaine d'étudiants en troisième année de la formation menant au Diplôme d'État de Paysagiste à l'École nationale supérieure de paysage ont travaillé en équipe avec des élèves ingénieurs agronomes (ENSAIA) et architectes (ENSA Nancy) à imaginer l'avenir du territoire de Villarceaux. Ce séminaire vous est raconté par Sophie Bonin, maître de conférences agrogéographe à l'École nationale supérieure de paysage et encadrante de cette séquence pédagogique.
 
 
 
 
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Débrief final avec tout le groupe, dans la cour entre le bâtiment de restauration et celui des chambres collectives. Photo : Sophie Bonin

Ce voyage a été l'occasion pour les élèves de découvrir quelques principes et une méthode participative de la prospective territoriale, puisqu'ils ont dû partir d'hypothèses et de scénarios emboîtés, construits en amont par une concertation locale et les acteurs eux-mêmes.

Le travail interdisciplinaire avec des agronomes et des architectes, et les particularités du site, ont beaucoup marqué les participants. Cinq équipes de projet ont ainsi pu renforcer, mettre en image et en cohérence spatiale un scénario global de transformation de nos conditions de vie et de culture. La seule réduction de la disponibilité des énergies fossiles entraîne en effet avec elle la limitation des engrais et la baisse des rendements, mais aussi le recours à de nouvelles pratiques plus écologiques. De même, le dérèglement climatique (sécheresses accentuées, événements climatiques extrêmes plus fréquents) engendre des mouvements de population - des villes vers la campagne, des pays les plus touchés négativement vers ceux plus vivables, qui permettent une nouvelle main d'œuvre dans ces territoires peu denses. Les transports et les régimes alimentaires sont amenés à changer en conséquence.

 
 
 
 
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Devant le golf de Villarceaux : que faire de lui dans une projection globale agroécologique et énergétique du territoire ?. Photo : Angèle Pellier

Ce cadre mobilisateur a pu être investi dans des projections permettant de croiser les compétences, sur un espace lui-même aux nombreuses dimensions. Il comporte :

  • une exploitation agricole de près 370 hectares, en céréales et prairies, transformée il y a plus de vingt ans sur des principes agroécologiques;
  • une exploitation maraîchère bio;
  • une forêt de presque 230 hectares;
  • un golf de 60 hectares. 
 
 
 
 
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Autour de la table, élèves agronomes, paysagistes et architectes discutent des choix à adopter pour préciser le scénario 2050 : imaginer de passer à la traction animale, ou de se passer du nucléaire, ne met pas tout le monde d'accord. Photo : Sophie Bonin

Les cinq projets se sont élaborés avec une thématique dominante différente, construite au fil des discussions dans les équipes :

  • la ressource en eau et son bon usage;
  • les mutualisations;
  • l'accueil de populations diverses;
  • la constitution d'une biorégion.

L'ensemble de ces projets a été restitué devant un panel d'acteurs ayant participé à la concertation en amont : directrice du Parc naturel régional (PNR) du Vexin français , élus locaux, urbanistes ou agronomes administrateurs du centre d'écodéveloppement, responsables d'associations.

 
 
 
 
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Le dernier jour du séminaire, les élèves échangent avec nos « invités », acteurs locaux venus discuter des différents scénarios mis en image, en maquette, en schéma par les cinq équipes. Ce sont des élus des communes environnantes, des agents du PNR du Vexin, dont sa directrice, des présidents d'association, des administrateurs urbaniste ou agronome de la Fondation. Photo : Sophie Bonin

Dans les retours réflexifs présentés par les étudiants en paysage, l'expérience qui domine est une meilleure connaissance d'eux-mêmes, de leurs forces et de leurs faiblesses. Plusieurs aussi ont senti qu'ils avaient un rôle de médiateur à jouer avec les agronomes et les architectes. Le dessin, qui fait partie de la pratique individuelle du paysagiste, a trouvé ici une dimension collective, en devenant un médium d'échange.

Certains témoignent de l'interdisciplinarité comme d'un obstacle stimulant : « Je suis convaincu que "l'entre-soi" professionnel n'est pas bénéfique au projet, il ne produit pas de tension positive, d'inconfort : deux états qui rendent un projet percutant. » (Matthieu Véron, DEP3)

Plutôt que d'apprendre de nouveaux outils, c'est la façon de s'en servir, en particulier dans des logiques collectives et de dialogue avec les ingénieurs, qui donne ce témoignage : « La mise en commun de nos compétences m'a beaucoup interrogée sur le choix du bon outil pour le bon usage. Parfois un diagramme communique aussi bien qu'une image. » (Lucie Samson)

Laissons une dernière fois la parole à une étudiante en paysage pour conclure sur le rôle de l'apprentissage du travail d'équipe : « Les échanges et l'élaboration d'un projet avec des architectes et agronomes m'ont permis de sentir l'utilité coordinatrice d'un paysagiste, mais aussi ses atouts graphiques, réflexifs. Également, savoir convaincre, expliquer quelque chose qui pour moi me paraît évident, s'adapter et faire des concessions. » (Nina Duclaux, DEP3)