Retour sur la soutenance de thèse de doctorat de Clémence Bardaine

16 décembre 2020

 
 

Diplômée du master Théories et démarches du projet de paysage (TDPP), Clémence Bardaine a soutenu sa thèse de doctorat en sciences du paysage le 15 décembre 2020. Au cours de son travail de recherche intitulé La fabrique des paysages et des savoir-faire agroforestiers dans le Bassin francilien : Acteurs, processus, projets, elle s’est intéressée à la multifonctionnalité, aux modalités et aux dispositifs d’apprentissage, de transmission et d’accompagnement des pratiques agroforestières du Bassin francilien.

 
 
 
 
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Sélection variétale de blé, parcelle agroforestière du Parc des Lilas à Ivry, 2018. Photo : Agrof'île

Débutée en octobre 2016 et rattachée à l'école doctorale Agriculture, Alimentation, Biologie, Environnement, Santé (ABIES) de l'Université Paris-Saclay, sa recherche a été menée au sein du Laboratoire de recherche en projets de paysage de l'École nationale supérieure de paysage. À travers la pratique du projet, elle interroge la relation mouvante entre l'homme et son milieu de vie par le biais notamment de dispositifs performatifs et d'ateliers. Elle révèle que chaque dispositif cartographique implique directement les habitants dans le processus de traduction du lien au lieu et au vivant et que cette représentation partagée devient un outil de médiation et parfois de développement territorial.

 
 
 
 
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Schéma de la communauté du paysage apprenant de l'agroforesterie francilienne réalisé par Clémence Bardaine

À l'aide d'une démarche éthnopaysagère, géographique et intégrant la sociologie pragmatique, Clémence Bardaine identifie à différentes échelles, de la parcelle à la plaine, jusqu'à la communauté́ d'acteurs du « grand paysage », un ensemble d'expériences patrimoniales du vivant qui pourrait devenir le socle d'un projet local garant de la durabilité́ environnementale, sociale et économique du territoire.

 
 
 
 
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Vue du maillage agroforestier de la plaine de Courances, 2019. Photo : Clémence Bardaine

Résumé de la thèse par Clémence Bardaine :

"Face à la crise environnementale et climatique, les pratiques basées sur la gestion des processus écologiques ouvrent un nouvel horizon pour l'agriculture. L'enjeu actuel de l'agroforesterie, basée sur les associations d'arbres, de cultures et d'élevage, n'est plus limité à la seule production, mais touche aussi à la durabilité́ de cette production, à la résilience du milieu cultivé vis-à-vis des aléas climatiques et alimentaire du territoire, à la fourniture des services écosystémiques et la création de nouveaux « terroirs », bref concrétiser sa multifonctionnalité́ et son inscription dans le long terme.

Or, ces pratiques agroécologiques ne peuvent pas résulter d'une pure application de recettes techniques ; elles se développent avec les caractères propres de chaque milieu accompagné par chaque agriculteur. L'entrée par les connaissances naturalistes et agroécologiques des agriculteurs, et par ce que l'on nomme paysage, peut-elle devenir un vecteur de transmission des pratiques agroforestières essentiellement par effet de voisinage et par apprentissage collectif ?

Une étude critique des modalités et des dispositifs d'apprentissage, de transmission et d'accompagnement des pratiques agroforestières du Bassin francilien est menée à travers une démarche ethnopaysagère et géographique et par la sociologie pragmatique. Les récits des trajectoires agroforestières et en agriculture biologique ou de conservation des sols sont retracés à travers l'enquête ethnographique auprès d'agriculteurs et la collecte documentaire de terrain (photographie, dessin d'agriculteurs, plans de projets). Une typologie des différentes formes de paysages agroforestiers (linéaires d'arbres intra-parcellaire, complantés parfois d'une strate arbustive, maillage de haies champêtres, etc.) et la gamme des savoirs écologiques et de diversification qui y sont associés, est proposée. En regard, la méfiance envers les arbres chez certains agriculteurs de conservation des sols est identifiée.

Dans un deuxième temps, l'enquête sur les modalités d'accompagnement par les parties prenantes du développement territorial (agriculteurs, propriétaires fonciers, agents des parcs naturels régionaux et des communautés de communes, vulgarisateurs), éclaire les conflits et les alliances entre acteurs territoriaux. Les outils et les processus d'apprentissage collectif de cette université́ agroforestière du dehors sont mises en évidence à travers les chroniques des ateliers de collectifs d'agriculteurs et des projets de recherche participative autour du patrimoine de semences et de ligneux adaptés localement (enquête écologique, index-botanique, lecture et design paysagers, ateliers de projets et de taille, sélection participative).

Ce travail propose une synthèse des freins (le temps long, le manque de références locales et de savoir-faire de gestion, l'arbre dans le bail rural) et des conditions de transmission des pratiques agroforestières (implication des pionniers dans un groupe de pratiques, approche par l'expérience, implication des acteurs territoriaux). Celles-ci s'articulent entre différentes échelles : de la parcelle à la plaine, jusqu'à la communauté́ d'acteurs du « grand paysage ». Enfin, cette thèse identifie un ensemble d'expériences patrimoniales du vivant qui, à travers les bénéfices agro-écosystémiques et les filières alimentaires issus de ces nouveaux paysages agricoles, pourrait devenir le socle d'un projet local garant de la durabilité́ environnementale, sociale et économique du territoire."

Mots-clés : Agroforesterie - Paysage - Bassin francilien - Processus d'apprentissage - Réseaux de pratiques - Agroécologie - Savoirs écologiques - Diversification - Filières alimentaires locales - Projet de territoire - Sciences du paysage.

 
 
 
 
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Vue du projet agroforestier des Sables, Fabrique du Végétal, (77), 2018. Photo : Clémence Bardaine
 
 
 
 

Composition du Jury

  • M. Patrick Moquay, Professeur, École nationale supérieure de paysage, Directeur de thèse
  • M. Roland Vidal, co-encadrant et examinateur à l'École nationale supérieure de paysage
  • Mme Monique Poulot, Professeur, Université Paris-Ouest-Nanterre
  • M. Marc Benoit, Directeur de recherche, INRAE Nancy
  • Mme Claire Lamine, Directrice de recherche, INRAE Avignon
  • M. Bernard Davasse, Professeur, ENSAP Bordeaux
 
 
 
 

Partenaires

Projet financé par le projet Agroforesterie en zone tempérée de la Fondation de France.

 
 
 
 

Accès

La thèse est consultable au Centre de documentation de l'École nationale supérieure de paysage, à Versailles, en format numérique à la bibliothèque d'AgroParisTech et en ligne sur HAL.