Rendus finaux 2020 du 2e niveau de formation « conception et création de jardin dans le paysage » (CCJP)

23 octobre 2020

 
 

À l'occasion de leur deuxième niveau de formation continue « conception et création de jardin dans le paysage », les stagiaires ont présenté le 11 septembre dernier, leur projet personnel de conception d'un jardin dans le paysage.

Fruit d'un travail d'une année, les étudiants ont construit leur réflexion et ont fait avancer l'élaboration de leur projet par phases clefs :

  • diagnostic : questionner, quantifier et qualifier les atouts et contraintes, définir les enjeux et les potentialités,
  • esquisse : programmer et proposer des intentions,
  • avant-projet et projet : concevoir dans les moindres détails,
 
 
 
 

Le site de projet commun

Le projet doit être construit à partir d'un site réel ayant une histoire, des données techniques, une réalité qui devra être étudiée pour la conception. Le site étudié permet d'aborder les problématiques propres au jardin et son rapport au paysage. Il implique des maîtres d'ouvrage privés qui participent aux ateliers et aux rendus au cours de l'année.

Cette année, les étudiants de la promotion 2019-2020 ont eu à étudier la ferme de Franqueterre, située dans le bocage de Basse-Normandie, au nord de la presqu'île du Cotentin.

Très attaché à sa ferme par son histoire familiale, le maître d'ouvrage souhaitait repenser les espaces extérieurs, dans un projet global cohérent et intégré dans le grand paysage de bocage, en mettant plus particulièrement l'accent sur les espaces jouxtant les bâtiments. Il convenait alors de questionner l'accès à la propriété, la cour de ferme, le jardin clos, le potager, le verger, les herbages, les haies bocagères, le bief, le ruisseau et la prairie humide, selon les usages contemporains. De plus, trois grandes valeurs animaient le maître d'ouvrage et devaient orienter le projet : authenticité, simplicité, convivialité.

A partir de l'étude de ce site complexe, les étudiants ont au travers de la réalisation d'un panneau, représenté explicitement leur projet et prouvé son bien-fondé.

 
 
 
 

Les projets des élèves

Ce sont 11 projets qui sont présentés dans les panneaux qui suivent. Panneaux de rendu qui ont servi de support à la présentation orale devant le jury qui s'est tenu à Versailles le 11 septembre 2020.
 
 
 
 

Cécile Allouis - "Franqueterre, à petits points"

Des infinies nuances de couleurs de la Normandie du XIXe siècle, tant décrites par Monet, Bonnard ou Maupassant, ne reste plus aujourd'hui qu'un vaste monochrome. Immuablement vert, le large aplat de l'actuelle prairie de Franqueterre rappelle la perte de diversité liée à la surexploitation agricole de ces dernières années. Tout en préservant la simplicité de l'histoire rurale du lieu en reprisant "à petits points" passé et présent, le projet propose de se ré-approprier l'intégralité du site par la couleur, de jouer avec ses limites pour s'ouvrir d'avantage au paysage alentour, invitant le visiteur à vivre l'expérience immersive d'un all-over coloré variant constamment au rythme des saisons.
 
 
 
 
 

Isabelle Borloz - "Que la fête commence..."

Nos craintes nous font nous barricader derrière les murs de résidences privées et surveillées ou nous confiner dans nos habitations. Nous devons donc faire de Franqueterre un espace de réjouissances et d'apaisement. « Que la fête commence... » comme le dit Tavernier, et surtout pour ne pas oublier que, en toutes circonstances, concevoir un jardin reste un plaisir.
 
 
 
 
 

Coline Brondino - "Voyage au travers du Cotentin"

La qualité de l'espace paysager que nous offre la ferme de Franqueterre permet de créer un lieu qui a pour vocation de parcourir les différents aspects des unités paysagères du Cotentin. Ces qualités paysagères que l'on pourrait retrouver sur le site, permettrait de voyager dans des lieux, se sentir immerger, se plonger dedans au point de s'émerveiller. Les trames des haies bocagères et des champs cultivés, au niveau du grand paysage différent de celle du projet sur site, créent des alternances de lumières et d'ombres. Ces rayons de «vide» s'ouvrent sur le grand paysage afin de lier le site à la réalité paysagère adjacente aux lieux. Les cheminements permettent d'appréhender les espaces de différentes manières, offrant des approches plurielles du rapport de l'Homme, de son corps et des capacités de celui-ci, avec la nature proche et lointaine. Le but étant de donner une nouvelle dynamique à la ferme de Franqueterre par des vécus physiques des paysages traversés. Ainsi, ce lieu a pour vocation d'être un témoin de l'héritage de l'histoire paysagère du Cotentin.
 
 
 
 
 

Roxane De Buttet - "Franqueterre, Reflets des mouvements du paysage"

Ce jardin a pour vocation de s'inscrire dans les mouvements naturels du paysage tout en respectant l'authenticité et l'histoire du lieu. 
En retrouvant une cohérence globale liée aux mutations et aux dynamiques du paysage normand, la propriété de Franqueterre s'empare d'une dimension poétique et sensible. L'intervention paysagère se veut délicate et subtile. Elle sublime l'existant et propose de nouvelles expériences aussi bien corporelles que visuelles. Le promeneur découvre de multiples ambiances qui attisent sa curiosité et l'incitent à s'aventurer jusqu'aux lisières du site et au-delà. Les déclinaisons de mouvements dessinent un lien entre la mémoire d'un passé rural et d'un présent en mutation, en transition vers un futur à l'écoute de son environnement.
 
 
 
 
 

Clémence Duguit - "L’échappée"

Site enchanteur mais si peu poreux, horizons présents mais souvent raccourcis, eau sous toutes ses formes mais sans jouissance...l'Echappée, par nos pas, par notre regard, permet de profiter d'une nature enfin retrouvée au sein de ce vaste site, sans perdre en intimité...
 
 
 
 
 

Mélina Etorre - "Le val de Franqueterre"

Dans un site porteur d'une ambivalence quasi-rimbaldienne - ambivalence d'une certaine violence humaine dans une nature rurale pourtant douce, apaisante et propice à la rêverie ou au voyage intérieur - le projet entend accentuer ces contrastes et capillariser les différents espaces, pour permettre aux hôtes de Franqueterre de réinvestir des lieux aujourd'hui oubliés, voire subis. Faire percevoir à quel point les différents lieux sont intimement liés et ne peuvent exister l'un sans l'autre : la ferme et sa vallée, l'humain et le sauvage, le maîtrisé et le libre. Donner à goûter l'herbage, expression du riche terroir de Franqueterre et émouvante clef de voute du site, mis en scène dans le grand paysage.

 
 
 
 
 

Cécile Néau - "Cache-cache à Franqueterre"

Paysage de bocage normand, paysage de cache-cache : découverte de cadres de vue, de fenêtres, de jeux de lumière, découverte de mondes aux diverses ambiances. Pour répondre à l'évolution des usages, Cache-cache à Franqueterre, redessine le bocage et propose une carte aux trésors pour découvrir la biodiversité et de nouveaux espaces autour de ses cœurs de vie, dans un esprit convivial.
 
 
 
 
 

Mathilde Plet - "Une ruralité en mutation"

Le monde rural ou le concept de monde rural est entré dans le champs des aspirations de la société contemporaine.
 Le concept de rural s'appuie sur un système de valeurs (rôle de la famille, propriété du sol, traditions) et des modes de vie (autoconsommation, autonomie énergétique, travail, solidarités villageaoises). Depuis les années 70 avec la réduction de la place de l'agriculture, émergence de nouveaux usages des campagnes. Aujourd'hui le monde rural n'est plus le monde agricole (agriculture 8 à 10 % de l'activité économique des territoires ruraux) derrière petite industrie, artisanat et bâtiment. Nous assistons à une certaine tertiarisation de la campagne, la fonction productive s'efface derrière la fonction résidentielle. Le domaine de Franqueterre s'inscrit dans l'évolution de cette ruralité bien singulière du bocage Normand qui pourrait être définie par 4 fonctions : sociale, économique, résidentielle, environnementale.

Restaurer la relation de la ferme de Franqueterre à son domaine et son contexte.

Restaurer la relation, c'est s'inscrire dans ce qui a été amorcé par Mr Néez. Valoriser l'existant et s'appuyer sur les ressources et savoirs faire locaux. Développer la fonction d'accueil de la ferme en étendant son emprise par la création d'une vaste terrasse décloisonnant l'espace habité et invitant à parcourir le domaine, à la découverte de sa faune et flore caractéristiques du bocage normand. Maintenir une petite production agricole, qui pourra à terme s'étendre, réactiver la production de cidre et remise en service de la boulangerie. Valoriser la biomasse et la transformer en source d'énergie. S'appuyer sur l'assiette du site, la ligne de crête et la rupture de pente comme un point de bascule d'une nature maitrisée à une nature plus libre. Lien vers le panneau

 

 
 
 
 
 

Thibault Racault – "A l'affût, entre ciel et terre"

La ferme de Franqueterre, enroulée autour de sa cour, se dresse sur une ligne de crête tendue vers la mer qui s'offre à une heure d'une chevauchée transperçant le bocage. Le ciel y est océanique, ses humeurs balaient le paysage et donnent à la pluie cette délicieuse saveur maritime. Sous le voile des haies bocagères, au bord de la vallée et de son ruisseau, sur les traces ténues de la force hydraulique, le domaine se compose de ces lieux qui permettent de voir sans être vu. Cette situation est propice pour méditer notre animalité et celles des êtres qui habitent ici, évocation de notre appartenance au monde.
 
 
 
 
 

Sabrina Serres - "Un passé, un présent, une renaissance"

Ce projet s'ancre dans le territoire car il est vecteur de développement économique, écologique et social. Il associe la dimension rurale par ce retour à la terre, cette connexion du végétal, du génie de l'arbre qui structure nos paysages. Transmettre et renforcer cette identité de naturalité et du « bon sens » paysan par la palette végétale de nos campagnes permet d'être dans une dialectique dont les mots-clés sont simplicités, complicité tout en mettant en exergue le génie du lieu. Ainsi Monsieur Néez, sa famille et les hôtes pourront réinvestir l'espace dans un cadre propice à cette interaction, de goûter le paysage tout en se sentant en sécurité au sein de ce château manoir.
 
 
 
 
 

Jeanne Thubert - "Nous voyons l’extérieur de l’intérieur mais nous ne voyons pas l’intérieur de l’extérieur ! voici la rapsodie"

Ce jardin, pour accueillir les différentes activités agricoles et prestation de service, est partitionné tel un morceau de musique. Ainsi celui-ci est principalement construit autour du style musical de la Rhapsodie, par exemple, tel un Ragtime de Scott Joplin (Pianiste du 19ème siècle). Une rapsodie est une manière de composer un morceau de musique. Il s'agit d'une suite de différentes mélodies. Mises à la suite, elles forment un seul et même morceau de musique. Sur le principe de la rapsodie nous avons pris, ce qui nous semble un point fort du jardin investit ; les haies et le parcours qu'elles forment comme point de départ. À partir d'observations lors de nos promenades autour du site différentes typologies de haies ont fait surfaces et ont permis le partitionnement du jardin. Le jardin est une composition qui ne cesse d'évoluer et qui demande beaucoup d'attention pour en comprendre toute la conception. Le jardin est donc construit par une succession de plans que l'on appréhende par une approche multi-sensorielle favorisant la compréhension de sa composition. Ainsi différentes chambres sont découpées et occupées par différentes activités.
 
 
 
 
 

Les enjeux et objectifs de l'atelier projet

Les enseignements en « conception, création de jardin dans la paysage » sont fondés sur l'association de :
  • la pratique et de la théorie,
  • la continuité entre tradition et innovation, 
  • l'alternance entre travail d'atelier (en groupe) et travail personnel, 
  • l'initiation et la spécialisation, 
  • la pédagogie de projet et la démarche « jardiniste », 
  • le développement d'une activité artistique et la transversalité dans les champs de connaissance abordés.

Cette deuxième année de formation offre une mise en situation professionnelle et un travail en grandeur réelle. Elle met véritablement l'élève en condition de recherche et d'expérimentation formelle. L'élève va collecter l'information en proposant des rencontres notamment avec le maître d'ouvrage et les autres personnes concernées par le projet, des visites sur le site étudié.

 
 
 
 

Les débouchés métiers de la formation

Il s'agit de former de futurs maîtres d'œuvre (conception/suivi de la réalisation) en art des jardins et des concepteurs/entrepreneurs (bureau d'étude d'entreprise de réalisation) aguerris à la démarche de projet et au processus de conception, capables de développer une pensée du jardin dans le paysage issu du diagnostic de site et de son contexte, par l'expérimentation tout au long des phases de projet.

Ces maîtres d'œuvre et entrepreneurs (concepteur/réalisateur) participent autant à la réalisation du jardin privé, de parcs qu'à des concours ayant comme vocation l'expression du jardinage (Chaumont-sur-Loire, Wesserling, Canada, Suisse...).