Rencontres estivales avec les agricultures urbaines

07 septembre 2022

 
 

Par Sophie Bonin, maître de conférences agro-géographe à l’École nationale supérieure de paysage

Le mois de juillet 2022 a été riche de rencontres sur le thème de l'agriculture urbaine, auxquelles l'école de paysage a pu participer, y apportant son grain de sel paysagiste certainement pas inutile.
 
 
 
 
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Le groupe du congrès mondial des géographes dans les allées de la ferme Nature & Découvertes dans le quartier de la gare des Chantiers à Versailles. Photo : Sophie Bonin, 19 juillet 2022

Les Journées internationales francophones de l'agriculture urbaine se sont déroulées à Bruxelles puis à Gembloux, du 6 au 8 juillet, avec un programme bien rythmé de conférences, d'ateliers et de visites. Côté école de paysage, ont pu y assister Antoine Jacobsohn, adjoint à la directrice, en charge du Potager du Roi, Suzanne Katz, doctorante au sein du Laboratoire de recherche en projet de paysage, et moi-même, Sophie Bonin. Ensuite, le Congrès mondial des géographes, du 18 au 22 juillet, à Paris, a comporté une session sur « l'agrarisation de la ville », animée par nos collègues Joëlle Salomon-Cavin et Giulia Giacché, couplée à une « excursion » à Versailles, entre la ferme Nature & Découvertes, dans le nouveau quartier des Chantiers, et le Potager du Roi. Cette visite s'est déroulée le 19 juillet sous une grosse chaleur: ce fut l'occasion d'éprouver l'efficacité de l'évapotranspiration des plantes, de l'ombre des murs et des souterrains du Potager !

 
 
 
 
Ces deux événements ont confirmé, si certains en doutaient, qu'il y a un très gros effet de mode pour les projets de fermes urbaines, mais que cela recouvre une très grande diversité de situations, et même de vocations, de ces nouvelles installations.
 
 
 
 
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Plateforme Wasabi, Gembloux Agro-Bio Tech, université de Liège : au premier plan, des bacs d'expérimentation de différents substrats et pratiques pour les sols reconstitués ; au second plan, des parcelles en maraîchage destiné notamment à l'alimentation des élèves et des personnels de la faculté. La plateforme comporte aussi un secteur destiné à un jardin partagé, un verger et des installations d'expérimentation d'agricultures hors-sol (aquaponie, hydroponie, cultures d'insectes, etc.). Photo : Sophie Bonin, 7 juillet 2022

Entre la serre aquaponique, les cultures en bacs sur les toits, ou le jardin partagé, ce qu'il y a de plus partagé est sans doute la créativité et le sens de l'expérimentation permanents, la recherche d'innovation, non seulement dans les techniques et les pratiques (y compris d'aménagement), mais aussi l'innovation organisationnelle du point de vue des partenariats entre professionnels, bénévoles, habitants, salariés indépendants ou de service public. Le désir - partagé lui aussi - de tous ces acteurs est de répondre à une demande sociale d'alimentation locale et de qualité, et de reconnexion avec le sol et son habitat.

 
 
 
 
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Container d'aquaponie avec bac à poissons au rez-de-chaussée et serre en hydroponie au premier étage, Gembloux Photo : Sophie Bonin, 7 juillet 2022

Mais ce qui est frappant, et sans doute un paradoxe qui doit nous alerter, est que cela crée des paysages relativement tous semblables, sans doute parce que l'on y croise des pratiques socio-aménagistes surtout orientées par des savoirs écologiques et agronomiques mondialisés, ayant pris le pouvoir d'une certaine façon, ce qui ne va pas sans évoquer la perspective de la biopolitique énoncée par Michel Foucault. Que deviennent alors les cultures de jardins, au sens culturel cette fois et non plus agricole ? Les paysagistes doivent aussi se pencher sur les planches de légumes. 

 
 
 
 
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Plateforme Wasabi, Gembloux Agro-Bio Tech, université de Liège : maraîchage professionnel et biologique. Photo : Sophie Bonin, 7 juillet 2022