Rencontre avec Marion Brun

22 octobre 2021

 
 

Les dynamiques écologiques comme passion

Chargée de recherche et d'enseignement à l'École nationale supérieure de paysage, Marion Brun est arrivée en septembre dernier à Versailles. Nous l'avons rencontrée le 19 octobre afin qu'elle nous présente son parcours, ses thématiques de recherche, ce qui les lie au paysage et aux thèmes portés par le Laboratoire de recherche en projet de paysage de l'école.

 
 
 
 
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Portrait de Marion Brun. Photo : Marion Brun.
 
 
 
 

Peux-tu te présenter ?

Je suis Marion Brun. Je suis chargée de recherche en paysage et transition au Laboratoire de recherche en projet de paysage de l'École nationale supérieure de paysage. J'ai d'abord fait une licence en Sciences du vivant puis un master en écologie. Après cela, j'ai réalisé une thèse en aménagement du territoire et en urbanisme à l'Université de Tours. J'ai ensuite été attachée temporaire d'enseignement et de recherche (ATER) à l'École de la Nature et du Paysage de Blois et à Polytech' Tours en Génie de l'aménagement et de l'environnement. Après cela, j'ai fait un post-doctorat en géographie environnementale au sein du Laboratoire Territoires, Villes, Environnement & Société (TVES) à l'Université de Lille, avant d'arriver ici.

En tant que spécialiste de l'écologie, on te qualifie d'écologue. Qu'est-ce que cela signifie d'être écologue ?

Je dirais qu'il y a plusieurs types d'écologues : ceux qui sont plutôt ingénieurs, qui sont engagés pour faire des études d'impacts, pour faire des analyses dans le projet, et ceux qui, comme moi, font de la recherche et se situent plutôt dans la réflexion autour de l'écologie, autour des dynamiques écologiques. L'écologie, c'est étudier les relations des organismes entre eux et leurs interactions avec leur milieu. Le vivant, cela peut être l'humain et le non-humain et leurs interactions peuvent être biotiques, c'est-à-dire entre les éléments du vivant, ou abiotiques, c'est-à-dire avec les éléments du milieu (climat, sol, eau). Au sein même de l'écologie, il y a des spécialisations telles que l'écologie de la conservation, l'écologie du paysage, l'écologie de la réconciliation... et moi aujourd'hui je suis spécialisée en écologie du paysage, c'est-à-dire l'étude du vivant à grande échelle ce qui signifie que je n'étudie pas qu'une espèce ou une population mais j'étudie les interactions des communautés à l'échelle d'un écosystème. Je suis également spécialisée en écologie urbaine car mes terrains d'étude sont spécifiques au milieu urbain et mon objet d'étude principal ce sont les friches dans la ville.

As-tu des exemples de projets de recherche sur lesquels tu as travaillé ?

J'ai d'abord travaillé sur mon projet de thèse qui était inclus dans un projet de recherche régional qui s'appelait Délaissés Urbains et Espèces Envahissantes (DUE) à l'Université de Tours. Ce projet visait à voir l'intérêt des friches urbaines pour la biodiversité urbaine et les continuités écologiques autrement dit comment les espèces, surtout végétales, peuvent se déplacer à travers la ville. Ensuite, j'ai continué le projet DUE pendant mes fonctions d'ATER et pendant mon post-doctorat et j'ai été engagée au sein d'un projet de recherche européen intitulé CLIMIBIO qui était un Contrat de Plan Etat-Région (CPER) qui avait pour objet de faire le lien entre biodiversité, santé et changement climatique. Au sein de ce projet, j'analysais comment les éléments des politiques publiques (Trame verte et bleue), qui favorisent les continuités écologiques, peuvent également favoriser les populations d'abeilles sauvages en ville. De manière générale, la question était de savoir comment on pouvait lier les questions de continuités écologiques aux questions d'adaptation et d'atténuation du changement climatique. Concrètement, c'était des enquêtes auprès des acteurs afin de comprendre la constellation d'acteurs existants. Enfin, le projet de recherche en cours que je porte avec Cécile Mattoug, également associée au Larep, c'est le projet Inter-friches sur les friches urbaines et plus précisément sur les méthodes d'analyse de ces friches, autrement dit, comment peut-on analyser ces espaces de manière interdisciplinaire. On se rend compte que souvent lorsqu'on analyse des objets très précis, il existe une compartimentalisation des disciplines. Les urbanistes l'appréhendent de telle manière, les paysagistes de telle autre ainsi que les architectes, les écologues... Ce projet vise à essayer d'avoir un langage commun entre les différentes casquettes disciplinaires afin de voir comment on peut arriver à travailler ensemble pour analyser un espace et construire un projet de manière interdisciplinaire.

Quel lien établis-tu entre tes recherches et le paysage ?

Lorsqu'on fait de l'écologie du paysage, le paysage c'est d'abord une échelle d'étude c'est-à-dire qu'on n'étudie pas un site, on étudie la ville, voire un grand territoire. Le paysage, c'est aussi les relations de l'humain au vivant, les représentations, les usages du vivant et questionner ce vivant à travers une approche sensible. C'est ce que font les paysagistes : ils donnent à voir des ambiances et des perceptions. Enfin, le paysage appelle la recherche-action c'est-à-dire réfléchir à ce qu'on peut faire, comment faire le projet urbain, le projet de paysage et toutes ces réflexions font appel au paysage.

Pourquoi avoir choisi d'intégrer le laboratoire de recherche de l'École nationale supérieure de paysage (Larep) ?

Moi, ce que j'aime, c'est la recherche et l'enseignement. J'aime l'ouverture d'esprit qu'il y a dans les écoles de paysage et dans ce laboratoire. C'est vraiment l'ouverture interdisciplinaire qui me plait et toute cette réflexion sur qu'est-ce que les connaissances écologiques peuvent apporter aux réflexions sur l'aménagement de la ville dans le projet. J'aimerais aussi développer l'approche socio-écologique, les relations de l'humain que ce soit les riverains, les habitants et également les acteurs décisionnaires des institutions au vivant, aux questions de nature en ville à l'aune d'une approche sensible qui appelle nécessairement le paysage. Je trouve également que le côté théorique de l'écologie et le côté conception création porté par le paysage se répondent et se rejoignent en matière d'écologie urbaine et d'écologie du paysage.

Sur quoi vont porter tes travaux de recherche ?

C'est une bonne question. Je ne suis engagée que pour une année en tant que chargée de recherche et je suis en train d'échanger avec d'autres chercheurs afin d'essayer d'engager des projets à plus long terme. Pour l'instant, je continue mes recherches, je réponds à un appel à projet pour traiter ces questions de renaturation, d'analyse socio-écologique des espaces de nature en ville.

Ont-ils un lien avec le Potager du Roi ?

Non, pas vraiment. En revanche, j'ai donné des cours sur le Potager du Roi à des étudiants sur la flore spontanée. Au Potager du Roi, à première vue, on se dit que ce n'est pas la question, on est sur des espaces plantés et quand on regarde de près on se rend compte qu'il existe toute une biodiversité qui accompagne les plantations et cultures.

À côté de tes recherches, tu enseignes aux étudiants de l'école. Peux-tu nous en dire plus ?

J'ai repris un poste qui était assuré par Roland Vidal qui dispensait, en plus de ses recherches, des enseignements et j'en suis très contente car j'adore enseigner. Aujourd'hui, j'enseigne à tous les niveaux de formation sauf aux étudiants en Arts, Paysage, Architecture qui sont en 1re année du cycle préparatoire aux études de paysage. J'ai accompagné Pauline Frileux sur la botanique, je l'enseigne également aux côtés d'Eugénie Denarnaud à la Classe préparatoire aux études de paysage. Par ailleurs, j'enseigne aussi l'écologie du paysage et urbaine et je présente les questions d'intégration environnementale dans les projets au sein de différents modules. Enfin, je fais de l'initiation à la recherche aux étudiants en 3e année de formation au Diplôme d'État de Paysagiste et au Master 2 Théories et démarches du projet de paysage (TDPP).

Qu'est-ce qui te plaît dans l'enseignement ?

Je trouve qu'on apprend en enseignant. Les questions que posent les étudiants et notamment les étudiants en paysage, que je trouve particulièrement curieux et actifs, ouvrent vraiment l'esprit à des réflexions auxquelles on peut avoir oublié de penser à force d'être concentré sur nos recherches. La transmission, c'est vraiment quelque chose qui m'a plu dès que j'ai commencé à donner des cours en parallèle de ma thèse.