Rencontre avec Andrew Cumming

17 septembre 2021

 
 

À l’occasion de son arrivée à l’École nationale supérieure de paysage

Guest professor chargé d'enseignement en langue anglaise à l'École nationale supérieure de paysage dans le cadre du programme EMiLA (European Master in Landscape Architecture), Andrew Cumming est arrivé pour la rentrée universitaire à Versailles. Nous l'avons rencontré le 8 septembre afin qu'il nous explique son parcours et les motivations qui l'ont conduit vers l'enseignement.

 
 
 
 
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Portrait d'Andrew Cumming.
 
 
 
 

Peux-tu te présenter brièvement ? Quelles formations as-tu suivies ? Quel est ton parcours professionnel et quel métier exerces-tu ?

Je suis Andrew Cumming, architecte paysagiste écossais. J'ai grandi à Edimbourg et j'ai très vite été fasciné par le jardin botanique où j'ai pu aller faire un stage et découvrir ma passion pour les plantes et le paysage. J'ai ensuite étudié à l'école d'art d'Edimbourg dans le département de Paysage. Là, j'ai pu partir 6 mois en Erasmus à l'école de paysage de Versailles. J'ai adoré cette expérience d'autant plus que je ne parlais pas français à ce moment-là, c'était donc un véritable challenge personnel mais très enrichissant ! J'ai aussi compris que cette école était exceptionnelle avec des enseignements qui laissent place à beaucoup de liberté d'expression et des professeurs très différents les uns des autres. En rentrant à Edimbourg, j'ai eu envie de continuer ce parcours européen, j'ai donc choisi de faire le programme EMiLA (European Master in Landscape Architecture). J'ai eu l'opportunité de retourner à Versailles et également d'entrer à l'école d'architecture d'Amsterdam où j'ai connu une expérience complémentaire à celle de l'école de paysage. J'ai été confronté à des sujets plus techniques liés à l'architecture, à l'économie de la construction, aux énergies durables et à l'urbanisme. Je travaillais également en stage pendant la journée avec le bureau de B+B. Cet échange a été très formateur.

Après avoir fini mes études à Edimbourg, je travaillais dans une agence écossaise. De plus, j'ai enseigné en parallèle à l'école d'Edimbourg dans le cadre de quelques ateliers de 1re année de licence et de 1re année de master. C'est à ce moment-là que j'ai pris conscience de mon attirance pour l'enseignement. J'ai trouvé que c'était très inspirant de voir des élèves motivés, avec beaucoup de bonnes idées, de pouvoir me confronter à d'autres approches et d'échanger avec des professeurs qui ont chacun leur propre vision du paysage et du projet de paysage. À partir de là et même si je voulais rentrer en France pour continuer mon parcours professionnel en Europe, j'étais sûr que je voudrais retourner à l'enseignement dans une école.  

Je suis donc reparti en France pour apprendre mieux la langue et réaliser des projets de paysage en France et en Europe. J'avais envie de travailler chez Michel Desvigne de par mon intérêt pour son travail à grande échelle et parce que je voulais me confronter à une agence internationale. L'agence MDP est réputée pour sa qualité de travail et ses étroites collaborations avec des architectes, urbanistes et experts de très haute compétence. J'y travaille aujourd'hui depuis 5 ans, en tant que chef de projet, et je suis en charge d'un nombre important de projets à la fois en France et également à l'étranger.

As-tu perçu des différences dans les manières d'aborder le projet de paysage entre la France et le Royaume-Uni ?

Ce qu'il y a d'intéressant dans la réflexion française est la compréhension à l'échelle du grand territoire. C'est-à-dire qu'il y a une maitrise des éléments géographiques, des enjeux à grande échelles et la prise en compte des composantes majeures du paysage qui créent nos territoires. Cette manière de travailler n'est évidemment pas dans chaque agence mais je trouve qu'il y a une forme de dialogue public autour de ce sujet et surtout dans notre domaine. Tout cela m'inspire et je pense que c'est assez logique de travailler à cette échelle lorsque l'on porte une réflexion sur la structuration des territoires, des villes et des espaces publics.

Au Royaume-Uni, je trouve qu'on a un peu plus du mal à articuler nos projets à la grande échelle. Selon moi, cela est fortement liée aux enjeux politiques et à la gestion de notre patrimoine agricole. Nous avons également une philosophie architecturale relativement conservatrice.  

Ceci dit, il y a de très bons paysagistes britanniques qui traitent leurs projets avec une finesse à l'échelle des parcs et jardins reconnus mondialement et pour lesquels j'ai beaucoup de respect.

As-tu des exemples de projets sur lesquels tu as travaillé que tu aimerais citer ?

Après l'école, avec deux autres architecte paysagistes (Anaïs Chanon et Stuart Malcom), nous avons fondé un collectif franco-écossais à Edimbourg, GRAFT. GRAFT signifie en anglais à la fois le fait de greffer (dans la terminologie botanique) mais également de travailler avec exigence. Depuis 2016, on réalise des études à grande échelle et des projets de parcs et jardins. Nos projets sont majoritairement en Ecosse mais aussi ponctuellement en Europe et ailleurs. Par exemple, en 2019, on a gagné un concours pour un projet au Chili qui avait pour principaux axes de travail les épisodes de montée des eaux et de sécheresse des rivières dans le bassin versant derrière la ville de Concepción.

 
 
 
 
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Plan de gestion des eaux du bassin versant de Concepción, scénario d’inondation centennale. Production : GRAFT.
 
 
 
 

En complément de mon travail avec GRAFT, j'exerce toujours dans l'agence MDP, où je travaille actuellement à Paris, beaucoup dans le sud de la France et aussi à Bordeaux où je suis en charge des aménagements de la rive droite (Brazza).

 
 
 
 
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Structure paysagère de la Rive Droite de Bordeaux. Production : Michel Desvigne Paysagiste.

 
 
 
 

Je suis également en charge depuis 2018 du projet d'extension en mer à Monaco. Il s'agit d'un projet de 6 hectares sur la côte méditerranéenne, très complexe techniquement et sur lequel on collabore avec les architectes Renzo Piano, Norman Foster et Tadao Ando. Le projet a une très grande ambition architecturale et paysagère. Celui-ci demande une exigence de travail et une collaboration avec les experts d'ingénierie maritime exceptionnelle. Ce projet nous demande également de travailler très finement les détails de construction des sols et des différentes strates de paysages, construits sur dalles et dans des situations très exposées aux embruns.

 
 
 
 
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Extension en mer - coupe concernant la composition végétale et les complexes des sols sur les caissons maritimes. Production : Michel Desvigne Paysagiste.

 
 
 
 

Pourquoi avoir choisi de venir enseigner une année à l'École nationale supérieure de paysage ?

J'ai postulé au poste d'EMiLA Fellowship pour plusieurs raisons. En ayant été étudiant de ce même master, j'ai eu l'occasion d'apprendre énormément au travers des différentes écoles, de m'enrichir de nouvelles expériences culturelles et d'une diversité de rencontres. Après avoir étudié et travaillé dans plusieurs pays, je pense qu'il est aussi très important pour moi de pouvoir partager mes expériences avec les futurs paysagistes. Un des objectifs du poste est de renforcer les liens entre les différentes écoles. Je trouve cette opportunité très motivante car je crois fortement à l'ambition de ce master pour ses valeurs éducative et culturelle.

Je suis très enthousiaste à l'idée de pouvoir me rendre dans les autres écoles partenaires afin de développer des échanges tout en participant aux workshops. Les échanges instaurés grâce à ce programme peuvent être très riches à la fois pour les étudiants et enseignants! 

L'enseignement a pour moi un caractère inspirant : pouvoir échanger et travailler avec les élèves nous permet de nous questionner et de tester différentes méthodologies de projet. Cet échange intellectuel et réflexif est primordial dans le métier du paysage et de l'architecture. Il permet de se confronter aux sujets actuels, de sortir du cadre de l'agence où l'on est souvent face à des tâches administratives contraintes par trop d'enjeux techniques ou de décisions politiques. 

As-tu déjà enseigné à l'étranger ?

Non, c'est la première fois que j'enseigne à l'étranger et ce qui m'intéressait réellement avec ce poste c'est justement cette connexion avec les autres écoles, où je vais avoir l'opportunité d'enseigner et d'apprendre différents méthodologies pédagogiques.

En quoi l'enseignement par un professionnel exerçant à l'étranger est-il important pour les étudiants ? Quels sont ses apports pour les étudiants ?

Selon moi, il est important de voyager, d'explorer d'autres territoire, d'observer d'autres paysages, de questionner la profession tout en comparant les différentes manières d'exercer. Il est aussi nécessaire de pouvoir visiter d'autres écoles, d'apprendre d'autres paysagistes et de leurs différents processus de réflexion. Aujourd'hui, il semble impératif de réfléchir ensemble à l'échelle mondiale pour combattre les enjeux environnementaux contemporains. Nous ne pouvons plus nous contenter de réfléchir à des parcelles réduites et/ou individuelles. Je pense aussi que l'échange international est un élément clé dans la formation des élèves, pas uniquement pour le paysage mais aussi pour leur propre culture et ouverture d'esprit.

Quels cours dispenseras-tu aux étudiants ?

Je vais passer la plupart de mon temps en enseignant au sein de l'atelier 5 « Park in a city » à l'intérieur duquel nous travailleront sur le sujet des parcs urbains en Île-de-France. Durant l'atelier 6, je vais collaborer avec Ayda Alehashemi, une enseignante, docteure en architecture et paysagiste iranienne pour un projet à plus grande échelle. Nous allons travailler sur les thèmes des processus naturels, la composition des paysages à grande échelles et également sur la gestion de l'eau. Cela va être l'occasion de questionner les artifices que l'on trouve dans nos territoires et de se positionner dans le contexte de la crise écologique.

Quel rapport souhaites-tu établir entre la pédagogie et le Potager ?

Je pense que je vais, en commençant par moi-même d'ailleurs, rappeler régulièrement aux élèves qu'ils ont un jardin chez eux. Ils peuvent l'observer, l'analyser et regarder les plantes durant leur temps libre. Nous pouvons très vite oublier cette chance et prendre l'habitude d'étudier dans un cadre exceptionnel. Il faut en profiter pour apprendre l'ensemble des végétaux que nous avons à disposition, prendre des photos, faire des croquis. Ainsi, je vais donc simplement partager ma propre expérience de ce jardin exceptionnel avec les élèves et il se trouvera peut-être une superposition entre leur compréhension des plantes du Potager du Roi et leurs projets à venir.