Quand la crise sanitaire pousse à l’innovation

21 avril 2020

 
 
Visioconférences, partage d’écrans, applications, MOOCs, … autant de solutions numériques qui se sont offertes à l’équipe enseignante et aux étudiants afin de poursuivre leurs travaux en pleine crise du COVID-19. Mais au-delà des outils, c'est la manière de travailler ensemble qui a dû être repensée et une nouvelle temporalité a dû être trouvée afin de pallier à la dynamique du groupe physique.
 
 
 
 
 
 
 
 

Les cours magistraux sur Zoom

Au sein du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation, Agreenium a ouvert ses compétences techniques et numériques en mettant à disposition de l'École nationale supérieure de paysage la plateforme Zoom et un accompagnement sur-mesure pour ses usagers.

Zoom permet la diffusion de cours magistraux, à distance et en direct, pour des promotions entières. La plateforme est dotée de trois outils principaux : la bulle « conversation », le « Q&R » et l’outil « main levée » pour donner la parole. Afin de capter l’attention des participants, il est conseillé que la séance ne dépasse pas 1h30. Enregistrée, elle peut être à nouveau visionnée par les étudiants et un outil « sondage » permet de donner son avis.

Alexis Pernet, Paysagiste dplg et Maître de conférences à l'École nationale supérieure de paysage, a utilisé Zoom dans le cadre du Module "Enjeux, Acteurs, Politiques" et pour le cours de lecture du paysage en formation initiale et continue. Il témoigne : « J’ai reçu peu de retours en direct mais j’en ai reçu des positifs par la suite de la part des étudiants. Ils sont eux-mêmes amenés à utiliser cet outil pour entrer en contact avec les acteurs de leurs terrains d'étude. Ce qui change, ce n’est pas vraiment la préparation des cours mais plutôt la capacité de concentration, pour l’enseignant comme pour l’assemblée, pendant les séances vidéo. Je prends ça comme un défi mais rien ne vaut la relation directe avec l'interaction très stimulante de l'amphithéâtre. »

 
 
 
 

Adopter la « pédagogie inversée » avec les MOOCs

Outre les cours dispensés en direct et l'encadrement des étudiants, individualisé ou en petits groupes, par téléphone, la remise régulière et plus fréquente de travaux à corriger a rapidement été mise en place pour ne pas « perdre le fil » et assurer ainsi la continuité pédagogique.

Le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation envoie régulièrement des consignes et recommandations à l'attention de la Direction de l'enseignement et de la vie étudiante, qui mobilise en continu l'ensemble du corps enseignant.

Des cours disponibles en ligne et ouverts à tous ont notamment été sélectionnés pour les étudiants, sur le site FUN-MOOC entre autres. Ils ont ainsi pu suivre les cours suivants : « Diagnostiquer les territoires  », « Agricultures urbaines  », « Dynamiques des paysages  » (MOOC proposé par l'Université de Rennes et intégré aux enseignements des étudiants de deuxième année de Marseille dès l'annonce du confinement), « Optimiser une recherche documentaire » ainsi qu'un MOOC proposé par le Muséum national d'Histoire naturelle et l'association Tela Botanica « Aborder la botanique et la reconnaissance de plantes ».

Ces MOOCs sont utilisés comme ressources pédagogiques à distance et de base commune à un travail en classe entière ensuite. Ils viennent, en temps normal, en complément de la formation présentielle. En temps de confinement, ils permettent d'alterner les activités pédagogiques, facteur à prendre en compte pour garder les étudiants motivés et engagés.

Il s'agit là de pédagogie dite « inversée » puisque les participants étudient les sujets avant la classe puis en font une restitution pendant, en interagissant avec leurs camarades et l'enseignant, plutôt que d'écouter de manière passive un exposé et de travailler sur les apprentissages ensuite.

 
 
 
 

Innover et se dépasser

Au-delà de la transposition de l'enseignement du présentiel au distanciel et d'une implication renforcée, les enseignants sont allés encore plus loin. Ils ont proposé de nouveaux défis aux étudiants, des tâches originales qui les amènent à se dépasser, à innover et à trouver par eux-mêmes des solutions grâce à leur sens de l'inventivité et de la créativité.

En effet, les enseignants ont choisi de placer le confinement au cœur des études de cas soumises aux étudiants, afin de leur faire expérimenter les qualités majeures d'un paysagiste : la faculté à prendre du recul grâce à l'observation et à la capacité d'anticipation en utilisant la projection, le dessin et l'argumentation. Les exercices donnés par les enseignants font intervenir des éléments de paysage de l'environnement immédiat des étudiants : extraits de paysage visibles depuis leurs fenêtres ou, mieux, les jardins particuliers des lieux de confinement des étudiants, pour ceux qui en disposent.

Exemple en est de l'atelier d'arts plastiques « L'Espace du dessin », encadré par Laurent Bailly, Olivier Marty, Vincent Mauroux et Céline Orsingher, qui a invité les étudiants à un travail de dessin sur le thème d'actualité des "frontières". Autre exemple, des travaux dirigés intitulés "L'art de la marche... de l'atelier à l'action in situ" ont été proposés aux étudiants de première année du DEP, les incitant à rechercher une œuvre sur le thème de la marche, sous toute forme de langage artistique (arts plastiques, musique, chorégraphie, littérature, poésie, ...), afin d'en argumenter son intérêt sur le plan paysager.

L'enseignant en arts plastiques Simon Boudvin a lui aussi animé un workshop virtuel avec les étudiants de troisième année du DEP, dès le début du confinement. Via Skype, le workshop a consisté en la réalisation commune d'une revue (conception, mise en page), avec deux graphistes de Bruxelles et prenant pour point de départ un film documentaire sur Donna Harraway.

 
 
 
 

Au regard de ces expériences d'enseignement et de pédagogie à distance, il est à saluer l'effort de chacun dans l'appropriation rapide des outils numériques indispensables à la continuité et le déploiement de circuits d'entraide et de méthodes pédagogiques participatives et innovantes. La communauté enseignante et pédagogique devra à court terme être particulièrement attentive à la question de l'évaluation, puisqu'il est plus aisé de contrôler l'acquisition des connaissances dans les salles de classes en scrutant le regard approbateur ou interrogatif des étudiants ou en sentant planer une atmosphère ou une autre lors d'une session en amphithéâtre : en bref, autant d'indices qui relèvent de la communication non-verbale !