Osez le doctorat par le projet dans le domaine du paysage

25 mars 2021

 
 

Le témoignage de deux doctorants par le projet

Chaque année, les titulaires d'un diplôme de master, de grade de master ou de titres reconnus comme équvialents dans les domaines de l'architecture, du patrimoine (conservation-restauration), du paysage, de la création littéraire et des arts peuvent candidater au programme de doctorat par le projet de l'école doctorale Arts, Humanités, Sciences Sociales (AHSS) de CY Cergy Paris Université. Cette année, ils ont jusqu'au 23 avril 2021 à midi pour transmettre leurs dossiers.

Afin de mieux comprendre l'approche par le projet, nous avons recueilli les témoignages de deux doctorants, Marie-Laure Garnier et Cesar Silva Urdaneta, qui ont démarré leurs recherches en 2020 dans la mention paysage du programme de doctorat par le projet de l'école doctorale Arts, Humanités, Sciences Sociales, au sein du Laboratoire de recherche en projet de paysage (Larep) de l'École nationale supérieure de paysage.

 
 
 
 

Parcours et sujets de thèse

Paysagiste conceptrice, diplômée de l'École nationale supérieure de paysage et de l'École normale supérieure de Paris, en Lettres, Marie-Laure Garnier a débuté son parcours professionnel en apprentissage à la Ville de Paris, durant lequel elle a entamé une réflexion sur la relation liant le métabolisme urbain avec le grand paysage notamment à travers la réalisation d'une étude sur l'économie circulaire et les jardins publics. Son goût pour le grand paysage la mène d'abord vers une mission en Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) à Lyon puis vers une mission de conseil au Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE) de la Mayenne, avant de poursuivre son expérience professionnelle au sein de l'atelier de paysage de Claude Chazelle et de retourner à l'École nationale supérieure de paysage pour y co-créer l'Exposition Terres en Mouvements et participer à la préfiguration de la Chaire Terre et Paysage dès 2018. Elle travaille aujourd'hui sur sa thèse intitulée Terres mêlées, terres emmêlées. Repenser le cycle des terres inertes, du chantier d'excavation au projet de paysage. Dans le cadre de sa recherche, elle s'intéresse aux terres inertes, de l'amont de leur production à l'aval de leur réception, et analyse les conditions de leur mise en paysage.

 
 
 
 
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Moissy Cramayel, avril 2019. Photo : Marie-Laure Garnier
 
 
 
 

Cesar Silva Urdaneta, architecte, diplômé en 2010 de l'École Spéciale d'Architecture de Paris, a démarré sa carrière professionnelle au sein de l'agence d'architecture Hamonic+Masson puis a développé des compétences en aménagement du territoire et urbanisme par le biais de l'obtention en 2014 d'un diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) Architecture des Milieux. À travers son doctorat par le projet entamé en 2020, il s'intéresse à la vallée de la Seine, en amont de Paris, dans sa continuité "urbanisée en mosaïque", entre les confluences du fleuve Yerres et de l'Yonne. Intitulée Habiter les paysages fluviaux : enjeux métropolitains de l'intégration du risque d'inondation et de la biodiversité, sa thèse a vocation plus précisément à explorer l'intégration du risque d'inondation en association avec celle de la biodiversité en tant qu'outils stratégiques des modes d'« habiter la vallée », en résonance avec les enjeux métropolitains en tant que valeurs et représentations collectives.

 
 
 
 
La Vallée de la Seine amont, un paysage en mosaïque

La vallée de la Seine amont, un paysage en mosaïque. Photographies : Cesar Silva Urdaneta
 
 
 
 

La recherche par le projet

L'objectif scientifique du Larep est la compréhension et l'analyse du projet de paysage, abordé à travers la diversité de ses pratiques et dans ses multiples dimensions historiques, écologiques, épistémologiques et sociales, selon deux axes de travail :

  • Savoirs et pratiques du projet de paysage ;
  • Action publique, territoire et paysage.

Dans ce cadre, pour Patrick Moquay, professeur au département des Sciences humaines et sociales de l'École nationale supérieure de paysage et Directeur du Larep, le programme de doctorat par le projet « vise à accueillir des projets de thèse de doctorat qui mobilisent directement une pratique paysagiste, c'est-à-dire des savoir-faire paysagistes pour avancer le travail de connaissances ».


Selon Marie-Laure Garnier, la thèse par le projet est le moyen d'offrir une « dimension réflexive au projet de paysage ». « Il s'agit de s'intéresser aux façons dont le projet peut participer à la constitution de connaissances scientifiques en faisant appel à une approche spécifique qui associe les outils du projet à la méthode scientifique » souligne Cesar Silva Urdaneta.

Outre la mobilisation et l'exploration des savoirs et pratiques du projet de paysage pour nourrir la réflexion scientifique, la thèse par le projet propose une vision contemporaine et multidisciplinaire : elle répond « à des enjeux de société tout en gagnant en acuité de regard et de recul critique dans des domaines concrets, comme celui des terres inertes » selon Marie-Laure Garnier et elle explore « les différentes dimensions du territoire et du paysage, selon une culture de la complexité en phase avec la prise en compte des enjeux écologiques, économiques et sociaux d'un monde en transformation » pour Cesar Silva Durnato. En effet, le projet, comme l'évoque Cesar Silva Durnato, est « un outil privilégié pour investiguer la construction stratégique du territoire face aux transformations en cours. »

Enfin, c'est bien l'association entre théorie et pratique qui a motivé les deux doctorants à candidater à ce programme doctoral. Marie-Laure Garnier y associe d'ailleurs pleinement la pédagogie et les exercices proposés aux étudiants de la formation menant au Diplôme d'État de Paysagiste : « je peux nourrir mon travail de recherche par une pratique d'enseignement en projets de paysage. J'ai par exemple récemment co-encadré un groupe d'étudiants de la formation menant au Diplôme d'État de Paysagiste lors de l'atelier Un parc dans la ville sous l'angle des mouvements de terre. »