Les archives de paysagistes au cœur de l’actualité de septembre

28 septembre 2022

 
 

À l’occasion d’une conférence internationale et des journées du patrimoine

Les archives de paysagistes sont un outil essentiel pour la connaissance de l'histoire du paysagisme contemporain car elles représentent un point d'appui indispensable pour la compréhension du passé et la projection actuelle et future. Ce mois de septembre a été l'occasion de le démontrer à l'occasion de la conférence internationale organisée par The European Council of Landscape Architecture Schools (ECLAS) et des Journées européennes du patrimoine à l'École nationale supérieure de paysage. Retour sur ces deux évènements par l'archiviste de l'école de paysage, Hanna Sorsa.

 
 
 
 

L’atelier sur les archives de paysagistes, conférence internationale d’ECLAS, Lujbljana, 14 septembre 2022

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L'atelier sur les archives de paysagistes et les collections a été organisé lors de la conférence ECLAS à Ljubljana, Slovénie, le 13 septembre 2022. Photo : Lilli Licka, NELA.

À l'occasion de la conférence internationale organisée par ECLAS à Ljubljana en Slovénie, l'École nationale supérieure de paysage a co-organisé un atelier sur les archives de paysagistes, avec le réseau européen des archives de paysagistes, NELA. Onze différentes institutions européennes ont participé à cet atelier dédié aux politiques et stratégies de gestion des archives.

Aujourd'hui, le statut des archives de paysagistes est encore naissant et fragile dans presque tous les pays européens. Toutefois, la Norvège, la Belgique, la Suisse et l'Autriche sont précurseurs puisque plusieurs services d'archives au sein d'établissements d'enseignement du paysage et de fondations privées ont été créés. L'École nationale supérieure de paysage mène actuellement une réflexion sur ce sujet à travers sa mission archives.

Cet atelier a également permis de réunir différents professionnels, paysagistes, enseignants d'écoles de paysage, archivistes, historiens et spécialistes du patrimoine, autour de la question complexe de l'acquisition de nouveaux fonds d'archives : quel(s) document(s) conserver au sein des archives publiques ? Sur quels critères sélectionner les documents ou les fonds à conserver ? Et, cela, en tenant compte à la fois du point de vue des archivistes et des « usagers » - chercheurs ou enseignants.

L'archivage des productions par les concepteurs eux-mêmes a été abordé, qu'ils soient paysagistes en agence, indépendants ou enseignants-chercheurs dans le secteur du paysage. L'École nationale supérieure de paysage réfléchit actuellement à la réalisation et la publication d'un guide méthodologique destiné à faciliter la gestion et la conservation des archives à destination des professionnels du paysage.

Par ailleurs, de nombreux chercheurs souhaiteraient accéder et consulter les fonds d'archives librement, directement dans leur lieu de conservation (magasins d'archives), car l'accès en ligne ne peut tout simplement pas remplacer l'accès aux documents originaux.

Pour conclure, les différentes parties prenantes se sont prononcées sur l'intérêt de créer un catalogue commun en ligne des fonds conservés, afin de faciliter la recherche et l'accès aux documents. Créer un réseau national d'archives pourrait être un objectif à long terme. Quel défi pour les archivistes et les pays !

 
 
 
 
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Certains membres du NELA présents à la conférence ECLAS de Ljubljana, le 14 septembre 2022. Photo : Manca Krošelj, Université de Ljubljana
 
 
 
 

« Les archives parlent » à l’École nationale supérieure de paysage, dans le cadre des Journées européennes du patrimoine, le 18 septembre 2022

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La rencontre « Les archives parlent », pendant les Journées européennes du patrimoine, à l'école de paysage, le 18 septembre 2022. Photo : École nationale supérieure de paysage

À l'occasion des Journées européennes du patrimoine, l'École nationale supérieure de paysage a organisé une rencontre « Les archives parlent » autour de la présentation du fonds de l'Atelier Corajoud par Giovanna Marinoni, paysagiste DPLG ayant travaillé au sein de l'Atelier Corajoud entre 1990 et 1998.

 
 
 
 
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Giovanna Marinoni dans l'Atelier Corajoud en 1996. Photo : archives Giovanna Marinoni

Parmi les dix fonds d'archives de paysagistes conservés à l'école de paysage, le fonds de l'Atelier Corajoud constitue un ensemble exceptionnel, de par l'importance des projets qu'il couvre et de par le rôle joué par Michel Corajoud dans la reconnaissance du métier de paysagiste. Ce fonds, confié par l'association Atelier Michel Corajoud à l'École nationale supérieure de paysage en 2021, a été inventorié et est communicable au public.

Le 18 septembre dernier, Giovanna Marinoni a présenté trois projets peu connus de Michel Corajoud, néanmoins caractéristiques des années 1990, décrites comme « la période de la production, 1992-1998 » par Corajoud lui-même :

  •  le projet de concours d'Argenteuil, dans le Val-d'Oise, magnifique mais non réalisé (1993) ;
  •  le projet au pied de la terrasse réalisée par André Le Nôtre à Saint-Germain-en-Laye, avec l'agence Signes (1996) ;
  •  le projet d'aménagement de l'avenue d'Italie (1998).

Chacun de ces projets a été replacé dans le contexte politique de l'époque.

À la commande d'État, passée à cinq paysagistes reconnus, de proposer la couverture et l'aménagement de l'autoroute A 14 prévue au pied de la terrasse de Saint-Germain-en-Laye, Michel Corajoud a répondu par une proposition très élaborée et à grande échelle.

Le projet de l'avenue d'Italie se penche sur un des axes majeurs parisiens. Il a été élaboré avec les ingénieurs de la Ville de Paris. Il ne contient pas de grands gestes mais un travail fin de vocabulaire qui semble aujourd'hui être repris à plusieurs reprises, à Paris et ailleurs. Selon Giovanna Marinoni, ce projet marque la fin d'un siècle, d'une période de l'aménagement parisien, et participe, avec son vocabulaire sophistiqué, à l'évolution de l'aménagement des espaces publics parisiens. La paysagiste a insisté sur l'importance de la prise en compte du projet initial et de sa compréhension pour offrir des solutions à des défis d'aujourd'hui. Certaines questions posées aux aménageurs urbains depuis trente ans sont toujours d'actualité.

 
 
 
 
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Documents d'archives sur le projet de l'avenue d'Italie présentés à l'école de paysage pendant les Journées européennes du patrimoine. Photo : Hanna Sorsa

L'École nationale supérieure de paysage bénéficie du soutien de la Caisse des Dépôts pour la constitution d'un centre d'archives des paysagistes.

 
 
 
 
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