Disparition de Michel Corajoud

30 octobre 2014

 
 
Michel Corajoud

 

Michel Corajoud nous a quitté brutalement le 29 octobre 2014. Professeur pendant 37 ans à l'École nationale supérieure de paysage de Versailles, il a consacré sa vie, son énergie et son talent au renouveau de l'enseignement du paysage en France. Il avait reçu le Grand Prix du paysage en 1992, le Grand Prix de l'Urbanisme en 2003, et s'était vu décerné le prix André Le Nôtre en 2013 pour l'ensemble de son œuvre.

 
 
 
 

Nous nous associons de tout cœur à la peine de son épouse Claire et de ses proches.

La Fédération française du paysage (FFP) et les étudiants de l'ENSP à Marseille organisent une soirée d'hommage à Michel Corajoud vendredi 14 novembre, de 17h à 20h, à l'espace Cézanne (31 bis, bd d'Athènes, Marseille).

 
 
 
 

Témoignages à la mémoire de Michel Corajoud

Christine Alban, paysagiste concepteur DPLG 2003, élève de Michel Corajoud en 1999
Les paysagistes ont perdu leur père spirituel : Michel Corajoud.
Ses enseignements ont constitué le socle sur lequel s'est épanouie ma conscience du paysage et de la mission du paysagiste.
Je fouille dans ma mémoire et je revois l'atelier qu'il dirigeait et dont je faisais partie en 1999. Multiples ont été ses interrogations, ses conseils, ses recommandations et ses orientations auprès de tous et de chacun d'entre nous.
Je me souviens de deux d'entre eux plus précisément qui m'ont été adressés par Michel Corajoud à ma table de dessin :
- Lorsque nous concevons un espace, nous devons en premier lieu penser au confort de ceux qui vont le pratiquer.
- Tu dessines une courbe d'un seul trait en retenant ton souffle.
En plus d'être lumineux, c'était un homme bon. Sa générosité et son implication lui ont permis d'essaimer à l'école du paysage comme dans notre société.
Réjouissons nous, il reste vivant au travers de ses si nombreuses transmissions et charge à nous de le maintenir vivant.

Michel Audouy, paysagiste DPLG 1995, ancien élève, co-auteur de Michel Corajoud (édition Hartmann)
En traversant le parc du Sausset...
Lundi 3 novembre, de retour de Roissy, j'ai traversé le parc du Sausset. Inévitablement je pense à son principal artisan, avec Claire. Et là, reviennent en cascade beaucoup de souvenirs, sans chronologie : une visite avec le maître, le plan au crayon de couleurs que j'ai pu exposer à la Cité de l'architecture, les anciens chemins et la terre agricole préservés comme éléments fondateurs du projet - « l'antériorité du site » ! , les allées cavalières et les grandes clairières dessinant des horizons, notion qui, chez Michel Corajoud, valait toutes les définitions du paysage. Le parc du Sausset, c'est également la première référence explicite aux enseignements de Le Nôtre (horizons, systèmes de plantation, bosquets et clairières, l'alliance du rustique et du raffiné...) présentés, probablement pour la dernière fois, en janvier 2013, à l'école à l'occasion de l'inauguration de l'année Le Nôtre.
Le hasard a voulu que le lendemain de ce retour de Roissy, mardi 4 novembre, j'ai fait une visite du jardin d'Eole à des étudiants d'un master en urbanisme. Jardin est d'ailleurs une mauvaise dénomination pour ce lieu dont tous les tracés, tous les points de vue, et tous les parcours accrochent le paysage : les lignes ferroviaires, le dôme du Sacré Cœur, les immeubles de la rue d'Aubervilliers... La population, extrêmement variée, est mise en scène de manière permanente, comme à Versailles. Mais le jardin d'Eole est bien un espace de notre temps. Pour la Toussaint, les jardiniers, comme dans beaucoup d'autres jardins parisiens, ont souhaité fleurir les fontaines sans eau, avec des chrysanthèmes... un peu comme au Luxembourg, ça dégouline de fleurs colorées, en hommage au paysagiste ?
Michel n'aurait certainement pas aimé, mais au fond, comme il avait l'habitude de dire, ce qui est important c'est le socle, les grandes lignes, le basculement d'un horizon à l'autre, et les gens qui s'approprient le lieu. A Eole, comme au Sausset, à Bordeaux, à Lyon et ailleurs c'est réussi, et pour longtemps.
Salut au grand paysagiste, au professeur, au maître.


Nathalie Ballaguy
C'est vrai, un paysagiste peut écrire dans l'espace et lire dans le paysage, mais Michel Corajoud, lui, lisait aussi dans notre tête et savait nous dire ce que nous vivions en tant qu'élève, exactement au moment réel.
C'est ainsi qu'il s'amusait à mieux nous connaître que nous-mêmes. Alors, surgit l'histoire de la passerelle à reconstruire au-dessus d'une rivière artificielle au Parc Balbi derrière le Potager du Roi à Versailles. Tel était le sujet du projet à réaliser dans un temps très court, sous forme d'esquisses.Inspirés par des ponts suspendus et autres ouvrages d'art monumentaux, nos projets soumis à l'évaluation de Michel Corajoud manquaient souvent de justesse par rapport aux proportions et aux échelles. Mais surtout, à la fin de la présentation exposée sur des tables à dessin par chaque élève, le professeur indiqua sa déception de n'avoir pas trouvé de bon projet adapté ; il énonça un commentaire de bilan de ce type :
« Vous avez chacun et chacune dessiné des passerelles et des ponts de toutes sortes, mais personne, parmi vous tous, n'est allé étudier la passerelle rouge existante sur place... pour ensuite venir à ma rencontre et me dire qu'en fait la passerelle était en très bon état et ne nécessitait aucun remplacement... à peine un coup de peinture »
Cette « déception » attendue, pré-vue, illustre bien la vie de l'école à Versailles ; lorsqu'on la raconte permet de se souvenir, grâce à Michel Corajoud, de nos liens complexes entre le monde en général et auprès de la réalité en particulier. -

Amélie Blachot, DPLG 2011
J'ai appris avec grande tristesse mercredi soir dernier le décès de Michel Corajoud.
Malgré la rechute de sa maladie, je pensais qu'il serait éternel. Mais d'une certaine manière, il le restera pour moi, tant sa voix résonne encore et toujours dans mon esprit depuis ma rencontre avec ce grand homme, à l'occasion de la préparation de mon diplôme puis de la soutenance de ce dernier dont il était le président du jury, en juillet 2011.

Jean-Luc Cabrit
J'ai vu Michel Corajoud le 8 septembre dernier, lorsque nous avons présenté notre rapport sur la politique du paysage à la Ministre Ségolène Royal. Il avait été très brillant, à son habitude, et avait dit quelques belles vérités ... J'ai ressenti alors une fierté et une admiration sans bornes.
Maintenant il y a la tristesse et un grand manque.

Pierre Donadieu, professeur émérite à l'École nationale supérieure de paysage de Versailles
J'ai appris avec tristesse le décès de Michel Corajoud. Il a été pour moi le principal rénovateur de l'enseignement du paysage à l'école de Versailles. Son rôle a été capital au moment de la création de l'établissement à la fin des années 1970, puis des choix des programmes et des modes pédagogiques qui sont encore en vigueur aujourd'hui. Les paysagistes DPLG formés à Versailles lui doivent la maîtrise remarquable de l'outil du projet de paysage et la reconnaissance de leurs compétences professionnelles en France et dans le monde.
Je faisais partie avec Marc Rumelhart, Claire Corajoud et d'autres de l'équipe qui a conçu le parc du Sausset. À cette époque (1978), Michel Corajoud a été pour moi, avec Bernard Lassus un peu plus tard, un initiateur essentiel à un domaine de compétences que j'ignorais et qui se cherchait. Tous les deux étaient revenus à l'école après y avoir enseigné entre 1967 et 1974.
Dans les années 1980 et 90, il a su défendre, avec pugnacité et persévérance, l'idée qu'il se faisait de la formation des architectes paysagistes. Il a contribué de manière décisive à préciser leur rôle et leur savoir-faire par rapport aux architectes, aux urbanistes et aux ingénieurs. Il a milité de manière efficace contre les nombreux projets de délocalisation de l'école à Blois, Angers ou ailleurs. En maintes circonstances, il a su défendre l'établissement et ses caractères spécifiques (ni école d'ingénieurs, ni école d'architectes), notamment au moment du départ de l'École d'horticulture à Angers en 1995.
Michel Corajoud a en fait, et de manière différente de Bernard Lassus, réinventé une profession et un lieu original de formation qui n'a pas renié son passé horticole. Il a rétabli les liens distendus avec la pensée d'André Le Nôtre, redéfini la place de la pensée jardinière, donné à l'atelier de projet un rôle central dans la pédagogie, et surtout inscrit cette pratique rénovée à l'échelle territoriale des collectivités. L'école lui doit l'idée des ateliers pédagogiques régionaux de quatrième année, mis en place au début des années 1980. Celle également de la nécessité de former les maîtres d'ouvrage à une commande publique exigeante et inventive. Michel était un homme pragmatique et un débatteur redoutable.
Il a su ainsi convaincre les institutions publiques de la pertinence de cette rénovation professionnelle pour l'intérêt public, par ses écrits et ses nombreuses réalisations. D'abord en devenant le premier professeur titulaire de l'ENSP en 1985. En ont témoigné également le Grand prix du paysage du ministère de l'Environnement et celui de l'Urbanisme qui lui ont été décernés. Sans oublier la reconnaissance de la profession des entrepreneurs et des concepteurs paysagistes (UNEP/Val'hor) qui lui ont décerné le premier prix international André Le Nôtre en 2013.
Grâce à lui, l'ENSP est ainsi devenue une école professionnelle de haut niveau de réputation internationale. Elle a inspiré la création de formations de paysagistes à Barcelone et à Genève, comme en France. Dans notre pays, Michel laisse derrière lui un héritage considérable d'œuvres et d'idées ; d'ouvrages qu'il a écrits ou qui lui sont consacrés, et surtout la reconnaissance de la profession d'architecte paysagiste (paysagiste DPLG) méconnue avant 1980. Ses élèves dont certains sont devenus des professionnels prestigieux, des enseignants, et parfois des enseignants-chercheurs, veillent à transmettre cet héritage en l'adaptant aux nouveaux contextes politiques, sociaux et environnementaux. Cette postérité, Michel Corajoud en était fier. Et nous avons été fiers d'y contribuer.

Véronique Fernandes - ENSP - Centre de documentation
J'ai connu Michel Corajoud lorsqu'il passait à l'École du paysage mais surtout, à travers les nombreuses publications sur son travail de Paysagiste. 
Enfin, par les témoignages, très souvent élogieux, d'étudiants ou professeurs de l'École nationale supérieure de paysage.
Sauf qu'un soir de juillet 2011, j'ai assisté au diplôme d'une de mes petites protégées qui, quelques mois plus tôt, avait fait une sale chute en vélo en se rendant à l'école. Président de son jury, Michel Corajoud, très attentif et qui semblait "aux anges" durant toute sa soutenance.
Soutenance et délibération terminées, je file vers le Parking du Saint-Louis en passant par la terrasse Hardy. 
Je parle d'une époque qui n'a pas duré longtemps, où, passé 19 heures, il fallait badger pour entrer ou sortir. 
Sur la terrasse, j'aperçois Michel Corajoud qui fait les cents pas, fulmine, râle, bougonne, bref, Michel Corajoud pas content car enfermé et pressé !
Il m'interpelle alors, en me demandant quelle est la marche à suivre pour sortir du potager.
Pour rire un peu, je lui dis : "et bien, il faut faire comme tous les étudiants ici : après 19 heures, il faut sauter par-dessus la porte".
Là, il éclate de rire tandis que je le libère avec mon badge.
Pour finir, bien que pressés, nous restons une bonne demi-heure à discuter de la soutenance et refaire un peu le monde...
 
Anne Fortier-Kriegel, architecte-paysagiste et professeur à l'École nationale supérieure d'architecture de Lille
Corajoud, c'est la jeunesse éternelle, c'est la beauté de l'éternelle jeunesse, c'est enfin une voix, un aura sans pareil pour le paysage.
Si Corajoud symbolise la jeunesse éternelle, c'est parce que jamais l'homme ne renonçait, Michel Corajoud n'a renoncé à aucun rêve. Nous pouvons en témoigner, il y a quelques semaines à peine, le 8 septembre dernier, dans les salons de l'Hôtel de Roquelaure où, nous avait convié la Ministre, il désirait de tout son être éclairer la politique du paysage de Ségolène Royal, et ce jour là, il était lumineux.
La beauté de l'éternelle jeunesse, qui ne se souvient, dans les années 70, à l'heure des premiers pas de ce Ministère de l'Environnement qu'on appelait alors le "Ministère de l'impossible", puis en 76 lors du redémarrage de l'École du Paysage à Versailles, de Michel et de Claire Corajoud avec les jeans blancs, deux couvertures de mode, qui, à l'époque éblouissaient les plus jeunes qui les regardaient. Et durant ces quarante années, où chacun de la grande liste de leurs projets, du parc du Sausset, aux berges du Rhône, à celle de la Garonne avec la place de la Bourse à Bordeaux, fabriquait autant d'images de références que nous étudions avec attention, car nous avions bien mesuré qu'ils n'avaient pas tant vieillis, mais véritablement grandis.
Une voix, un aura sans pareil, une formidable puissance de conviction et de séduction qui a marqué, touché les étudiants, les paysagistes, les élus, ceux concernés par le projet. Si Corajoud est sans nul doute celui qui a relancé l'enseignement du projet de paysage en France, c'est parce qu'il possédait cette intelligence, cette générosité qui lui permettait de détecter la compétence, de repérer l'envol d'un talent chez ses étudiants comme chez ceux qu'il rencontrait.
Cette voix va manquer au domaine du paysage, car tous, nous admirons et nous aimons l'homme Michel Corajoud.

Muriel Garrigues
Veuillez trouver en suivant ce lien mon documentaire dans lequel Michel Corajoud fut interviewé au sujet des murs à pêches.
http://www.doc2geo.fr/visionner/les-murs-a-projets-de-montreuil
Ce projet avait été douloureux pour lui, mais passionnant.
Toutes mes condoléances à ses proches.
 
Cécile Ivorra - Paysagiste DPLG
Rencontrer Michel Corajoud a été une grande chance pour moi, je me suis sentie entendue, comprise et aidée.
Il a rendu possible ce qui était essentiel à mon parcours et je suis celle que je suis aujourd'hui en partie grâce à lui.
C'est avec beaucoup de respect, d'émotion et d'affection que je salue son âme dans mon vaste paysage.

Karin Helms, teacher at ENSP Versailles and devoted colleague of Michel Corajoud, in TOPOS
Michel Corajoud - a Master in generosity of knowledge transfer in landscape architecture
Very short time ago, we could exchange, interview, invite our seniors of the profession that had modernized the profession of landscape architecture. Our profession as run today is very young profession, Michel Corajoud is one of those that took lot of his time to reinvent the role of the discipline. Today we have lost one of our most talented Professors and it marks a charge for all those that received their education trough him. They will have to be the next generation in charge of the discipline, of its promotion, preservation, innovation as Michel taught them.
Michel had a strong emotional bond to the discipline as well as a natural authority to bring up the debate on landscape architecture. He was responsible not only for a design thinking at ENSP Versailles but more over for a dynamique and energetic desire to do. A stance, position, that he largely learned from Jacque Simon during his first years of work at the studio of AUA (Atelier d'Urbanisme et d'Architecture) with Paul Chemetov specialized on new suburban districts.
From 1971 to 2000 Michel conducted the Design department at Ecole nationale supérieure du paysage of versailles (at that time the only school in France to educate at higher level landscape architect students). He orientated the pedagogic program of the school and before leaving in 2000 he left a last version of a pedagogic program which funded the main orientations up to today.
Michel's relationship to the students was not just the one of a master, he was fostering the students to go further, to explore, open the debate, questioning the site's potential and identity. Showed that only by hard working you can reach interesting spatial enchainements and give sense to a place. This method: he was against the cloning of his way of doing proposing the students to research their own way and supported them in their ideas. The reason was that he trusted them to invent the future of the profession of tomorrow and enlarge the nuancier of ways to be a landscape architect. This could obviously not occur if the students repeated Michel's way of acting.
He knew also how important it was to teach in parallel to have his own office and the iterative design process between teaching and the professional practice even if he was quite suspicious about those colleagues that teaches just what they have learned from the practice, remembering how complexe it is to learn why and how you do and not only enough a final interesting drawing.
To help the students in their Design method he wrote to them in 2000 the very well know « Lettre aux Etudiants » Nine steps of a design process - a guide that was later brought by other professionals to become very well known method world wide. The last sentence of his letter to the students is to be confident on their own ideas and stand for them. Which is very probably the hardest point in design due to the many interactions and parameters.
His battle for the promotion of the profession and the landscape architecture discipline never eased him up and even some weeks before he passed away he recalled the Ministry of Environment the importance of thinking landscapes as a funding notion for the future of the city.
His activism has promoted the profession at a upper level being the promotor of the landscape architect to be recognized as a way of being an urban planer ( out of the 21 Grand prix for urban planning, three landscape architects received the prize:- Alexandre Chemetoff in 2000, Michel Corajound in 2003 and Michel Desvigne in 2011). He was also the council for the creation of the « landscape architect State adviser » as an active way to applicate the law on Landscapes of 1993. ( today 130 landscape architect State advisers works at regional and province level promoting design process at territorial scale.)
As a professional landscape architect he had with Claire Corajoud an office which was their place of experience together with a very faithful teamwork of more or less eight persons. The office worked with the most talented architects and designers in searching for new spaces and new responses for the society of today. They are the authors of the very innovative Park du Sausset which they conducted during 25 years. Plaine Saint Denis' Masterplan and its sunked highway was too a innovative responds for a project founded on environmental troughs. The Cité international of Lyon of Renzo Piano brought up the importance of the river banks landscape entities as concept for the buildings relationship to the river Rhone. All the project were conducted with strong concepts: Avenue d'Italie in Paris, the Saint Germain terraces, the suburban park at Villeneuve in Grenoble. Many of their competition they attended became ways of research attitudes as their answer for the Park de la Villette. The most know of all their project is the recent high quality development project along the Garonne river bank in Bordeaux. A project that has changed the relationship of the inhabitants to their large geography, an impressive and emotional landscape project. Each of those in the office that worked with him led to these results helped Michel against his constant anxiety to do the right project for the right place. He was determined and put into the debate his thoughts, for many of us, we were admirative and looked up to this couple, Claire and Michel, as our discipline's « Jean Paul Sartre and Simone de Beauvoir".

Valérie Kauffmann, Évelyne Lucas et Béatrice Julien-Labruyère et toute l'équipe du CAUE de l'Essonne
C'est avec une immense tristesse que nous avons appris, au CAUE 91, le décès de Michel Corajoud. Il a toujours répondu présent pour venir partager avec un large public sa passion du paysage. C'était un passeur d'une grande générosité et simplicité. Sa pensée nous a soutenue pour porter la parole du paysage dans notre travail au quotidien. Il nous manque déjà.
Sur les vitres de nos bureaux, face à la ville, se déploie une des phrases emblématique de sa pratique « Le paysage c'est l'endroit où le ciel et la terre se touchent ».

Vincent Michel, directeur de l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles

De ma fenêtre à Grenoble, avec vue sur le parc de la Villeneuve dessiné par Michel Corajoud, ce soir d'une journée d'automne qui fût si belle, je partage avec votre école, son directeur et le président du conseil, Michel Desvigne, l'émotion ressentie.

Magali Ordas, maire adjointe de Versailles
En effet, c'est une grande tristesse que ce départ trop tôt de Michel Corajoud. J'avais eu la chance de l'entendre 2 ou 3 fois à l'ENSP et il était passionnant. Je comprends qu'il ait marqué des générations de paysagistes...
Ses œuvres ont marqué notre époque et restent inscrites dans le paysage.

Isabelle Pépin, paysagiste DPLG - promotion 1992-1996 (Agence Skylab. Paysage - Nancy)
Quel choc et quelle étrangeté d'apprendre cette nouvelle le jour de la Toussaint.
M. Michel Corajoud restera un symbole et un pilier fondateur de l'École nationale supérieure du paysage de Versailles.J'espère que ses anciens élèves sauront faire vivre son regard reçu en héritage.
Merci pour son attention.

Laure Planchais, paysagiste DPLG

Cher Michel,
Quel panache début septembre lorsque tu interpellais Ségolène Royal sur le nécessaire projet de paysage(s) en évitant l'amalgame avec les jardins ! Face à ta joute verbale fulgurante, je voyais dans son regard, tour à tour la stupéfaction, puis le questionnement et enfin une écoute solennelle.
Nous avons ensuite pris un pot à la brasserie la plus proche du ministère et tu m'as grondée de ne pas être intervenue malgré mes notes trop sagement préparées que tu avais repérées de cet œil encore si vif ! Je me sentais redevenir l'étudiante prise en défaut alors que j'étais absorbée par la manière dont tu avais su si rapidement captiver l'auditoire et faire passer le message si cher aux paysagistes !
Je repense alors à cet accompagnement bienveillant dans mes premiers pas d'enseignante prenant son autonomie.
Tu m'as appris que le paysage attend la plupart du temps au détour du chemin à qui sait ouvrir les yeux. Et j'aime toujours plus que tout arpenter ces lieux ordinaires pleins d'imperfections, en demande d'affection et finalement si prompts au ré-enchantement pour qui sait leur redonner cette envie d'être regardés, d'être aimés.
Récemment encore je me suis souvenue de ta fabuleuse conférence relatant ton expérience des murs à pêches de Montreuil. Je m'en suis servie pour sensibiliser au paysage de modestes agents de l'Etat. J'ai compris à leurs regards et à leurs questionnements qu'ils avaient perçu la même fascination que celle que tu nous avais transmise alors en montrant ces trésors oubliés qui ont depuis retrouvé leurs lettres de noblesse.
Cet altruisme que tu as transmis à tant d'entre nous étudiants paysagistes qui avons suivi ton regard et ton engagement pour le paysage.
Avec toute ma gratitude.

Yann Renoul - Ingénieurs et Paysages
C'est effectivement avec tristesse que nous apprenons le décès de Michel Corajoud. C'est une personne qui a formé beaucoup de paysagiste de toute génération.
Je profite de cette mauvaise nouvelle pour informer également du décès de Jean-Claude Hardy au mois de mai dernier, ils étaient tous deux de la même génération et nous sommes redevables de tous ces hommes qui ont remis en lumière notre métier.
Il me semble qu'il y aurait un travail de mémoire à faire sur les ouvrages qu'ils ont réalisés.

Katia Sigg - CESP 1993
L'annonce du décès de Michel Corajoud m'affecte, c'est quelqu'un que j'ai beaucoup apprécié et qui a compté pour mon parcours professionnel.
C'est lui qui m'a fait découvrir le métier de paysagiste : j'étais urbaniste à la SEMASEP, société d'économie mixte du Sud-Est parisien, il était maïtre d'œuvre du jardin de la Maison des gardes à Arcueil. C'est après que j'ai décidé de faire l'ENSP et j'ai eu le plaisir de le retrouver alors comme enseignant.
J'ai apprécié le concepteur, l'homme ouvert, à l'écoute et désireux de faire partager son approche, humble, très sympathique.
Un grand MERCI.

Monique Toublanc, enseignante à l'École nationale supérieure de paysage de Versailles
C'est une bien triste nouvelle. Sa participation à la réunion avec Ségolène Royal il y a peu de temps a été une prise de parole, publique et politique, mémorable et puissante, sans doute parmi les dernières ! Jusqu'au bout il aura défendu la cause du paysage avec passion et engagement.
Personnellement, j'ai eu la chance, une très grande chance, d'échanger longuement et sur le terrain, avec Michel Corajoud lors de plusieurs APR de 4e année - l'un portait sur "Agriculture intensive et Projet de paysage en Beauce" - à une époque où un encadrement conjoint paysagiste - enseignant chercheur des APR était possible, voir encouragé. C'était une personnalité hors du commun et un professionnel du paysage parmi les plus charismatiques. C'est une très grande perte pour le monde des paysagistes, pour la réflexion sur le paysage, pour notre école.
 


 
 
 
 
 

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