Cinq projets lauréats au Festival des jardins de la Saline royale d’Arc-et-Senans

27 avril 2021

 
 

À l’occasion de la 21ème édition consacrée à l’œuvre de Gilles Clément

Cinq équipes d'étudiants et de jeunes diplômés issus de l'École nationale supérieure de paysage ont été retenues à l'occasion de la 21ème édition du Festival des jardins de la Saline royale d'Arc-et-Senans, consacrée à l'œuvre de Gilles Clément. De novembre 2021 à mai 2022, ils réaliseront leurs jardins éphémères dans le nouveau demi-cercle de la Saline royale d'Arc-et-Senans. Nous vous présentons leurs projets.

 
 
 
 
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Plan masse, vue aérienne de la Saline royale d'Arc-et-Senans. Production: Mathilde Benoist et Shizuka Higa.
 
 
 
 

Le Festival des jardins de la Saline royale

Ancienne manufacture de sel conçue par l'architecte du siècle des Lumières, Claude Nicolas Ledoux, la Saline royale d'Arc-et-Senans est aujourd'hui pensée, notamment à l'occasion de son festival annuel des jardins, comme un laboratoire d'expérimentation et de formation destiné aux étudiants et aux jeunes diplômés issus des grandes écoles du paysage. Chaque année, ces derniers, en équipe, imaginent des projets d'aménagements paysagers des jardins éphémères du demi-cercle à l'aune d'une thématique donnée. Les équipes retenues ont ensuite la possibilité de réaliser leur projet de jardin sur le site.

Cette année, les 11 finalistes auront la chance d'inaugurer leurs créations en juin 2022 au sein du nouveau demi-cercle, conçu et réalisé dans le cadre du projet de « Cercle immense » confié à une équipe composée des paysagistes Mayot & Toussaint, de Gilles Clément, artiste et paysagiste, d'architectes paysagistes de l'agence ALEP, du philosophe Sébastien Appert et d'une entreprise d'ingénierie.

 
 
 
 

Les cinq projets retenus

 
 
 
 

Gaokerena Mescladis - Lydie Pons et Roxane Rahimi

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Axonométrie du jardin Gaokerena Mescladis, les placettes tournées vers l'espace récemment incendié. Production: Roxane Rahimi et Lydie Pons.

Toutes deux diplômées paysagistes conceptrices en 2019, Lydie Pons et Roxane Rahimi se sont rencontrées lors de leur formation à l'École nationale supérieure de paysage sur le site de Marseille. Ayant réalisé leurs projets de fin d'études sur la problématique des incendies en climat méditerranéen, elles ont trouvé un point de convergence entre ces derniers et l'appel à projet du Festival des jardins, consacré au thème de « l'ourson métis ».

Leur projet s'intitule Gaokerena Mescladis :

  • Gaokerena, l'arbre de vie dans les légendes perses et zoroastriennes, abrite le nid du Simorgh, assimilé au Phoenix qui renaît de ses cendre ; 
  • Mescladis, mélange en occitan, représente la diversité, les hybridations des espèces et leurs adaptations.
À travers l'assemblage de ces deux éléments en « arbre de vie mélangé », elles ont conçu leur jardin comme un lieu d'expérimentation et de reconquête végétale des espaces incendiés. Plus qu'un jardin éphémère, elles souhaitent que les éléments le constituant puissent perdurer, être recyclés, déplacés et intégrés aux aménagements de la Saline royale d'Arc-et-Senans.
 
 
 
 
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Plan du jardin Gaokerena Mescladis, contraste entre un espace incendié et une prairie fleurie. Production : Roxane Rahimi et Lydie Pons.

Pour marquer ce thème, elles ont créé un contraste dans le jardin afin de mettre en évidence les paysages du feu avec, d'un côté, une partie récemment incendiée où la végétation reprend place petit-à-petit et, de l'autre, un champ riche en diversité, symbole d'idéal. S'abriter, se protéger du soleil, disséminer ses graines et ses idées, partager la culture du vivant, telle est la vocation de leur jardin.

 
 
 
 
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Coupe des différentes ambiances souhaitées au niveau des placettes. Production : Roxane Rahimi et Lydie Pons.

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Adventice - Shizuka Higa et Mathilde Benoist

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Perspective Adventice. Production : Shizuka Higa et Mathilde Benoist.

Shizuka Higa, étudiante en 2e année de la formation Conception et création de jardin dans le paysage à l'École nationale supérieure de paysage, et Mathilde Benoist, étudiante en Master 1 à l'École nationale supérieure d'architecture de Marseille, se sont rencontrées grâce à Denis Duquet, responsable du Festival des jardins. Pour concevoir leur projet de jardin, elles ont travaillé exclusivement à distance.

 

 
 
 
 
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Trois coupes du projet Adventice. Production : Shizuka Higa et Mathilde Benoist.

Leur projet Adventice repose sur le constat que les « mauvaises herbes », qui poussent dans les endroits inattendus, présentent une réelle force de vie. Ces herbes cultivent le sol et sont nécessaires pour créer de nouvelles forêts. Elles constituent un adventice essentiel pour la Terre. Shizuka Higa et Mathilde Benoist ont ainsi souhaité concevoir un jardin qui cultive l'impermanence et qui met en valeur les indésirables. Elles espèrent offrir une vision du monde plus large que ce qui est conventionnellement admis de beau ou non, de nécessaire ou d'inutile, de significatif ou d'insignifiant.

 
 
 
 
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Plan de répartition des végétaux. Production : Shizuka Higa et Mathilde Benoist.

Shizuka Higa et Mathilde Benoist inscrivent leur conception dans un terrain vierge à proximité d'une voie de chemin de fer. Plusieurs échelles d'espace et de temps se juxtaposent : le monument immuable de la Saline royale, les végétaux, l'eau, les insectes, les humains, les oiseaux et la machine avec ce train dont le passage régulier marque le temps comme une horloge.

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Dans le damier ruiné, le roi resta - Antonin Balestro, Hugo Decoux et Margaux Fouquet

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Plan général du jardin, 1/100. Production : Antonin Balestro, Hugo Decoux et Margaux Fouquet.

Margaux Fouquet, Antonin Balestro et Hugo Decoux ont tous les trois obtenu en 2020 leur Diplôme d'État de Paysagiste à l'École nationale supérieure de paysage. Après de longues réflexions sur les problématiques planétaires actuelles et sur le rôle des jardins dans un futur plus ou moins proche, ces trois jeunes diplômés ont arrêté leur projet de jardin sur le concept du jeu. Ils ont ainsi choisi d'articuler leur jardin autour d'une structure, le damier, plateau de l'un des jeux les plus anciens : les échecs. En transposant ce jeu à la réalité, ils ont fait du roi, pièce maîtresse puisque sa mise en échec marque la fin de la partie, une métaphore de la société actuelle en le positionnant en situation d'échec et mat face à l'environnement.

 
 
 
 
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Coupe transversale du damier. Production : Antonin Balestro, Hugo Decoux et Margaux Fouquet.

Malgré le damier et ses agencements bien distincts, leur conception repose sur le "laisser-aller" des plantations et les débordements de la végétation afin de provoquer chez les visiteurs des sentiments d'inconfort et de lâcher prise, voire une perte de repères vis-à-vis de l'environnement. Ces sensations incontrôlées qu'ils espèrent procurer permettent, selon eux, d'éveiller d'autres sens et de déconstruire les usages du jardin.

 
 
 
 
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Simone souffle un peu, d'ici elle aperçoit l'esquisse du cirque, les enfants qui s'amusent avec le damier. Production : Margaux Fouquet, Antonin Balestro et Hugo Decoux.

La friche, dense ou éparse, offre de l'ombre, une diversité d'odeurs, un habitat pour la faune, mais également du bois, des fruits et bien heureusement un terrain de jeu.

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Après la tempête - Antonin Berne, Marie Hébert et Baptiste Miremont

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Plan isométrique. Production : Marie Hébert.

Marie Hébert et Baptiste Miremont, étudiants en Master 2 Théories et démarches du projet de paysage, se sont associés à Antonin Berne, artiste et jardinier. Tous les trois issus de formations différentes et passionnés par le végétal et le vivant, ils ont élaboré une réflexion pluridisciplinaire sur l'avenir des jardins dans un contexte cataclysmique.

 
 
 
 
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Perspective du projet. Production : Antonin Berne.

Pour construire leur projet, ils sont partis du souvenir des prénoms donnés aux cataclysmes climatiques qu'ils ont vécu dans leur enfance : de Xynthia, des images télévisuelles d'une eau turbide et implacable emportant digues, maison et véhicules, ils gardent en mémoire les prénoms de Lothar et Martin, derniers cataclysmes du siècle.

Considérant le changement climatique comme une donnée établie, à travers leur projet Après la tempête, ils élaborent une réponse à l'après-cataclysme : que se passe-t-il après que les arbres soient tombés ?

 
 
 
 
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Coupes transversales. Production : Marie Hébert.

Questionnant les travaux de modélisation des successions écologiques proposés par la science, ils ont pensé leur jardin comme une représentation sensible d'une forêt tempérée après une tempête. Entre végétation pionnière, plantes endémiques et exotiques, feuillages texturés et luxuriants, Après la tempête aborde, selon eux, l'après-catastrophe dans un monde dont les frontières entre les biomes sont devenues poreuses, le tout dans une logique de réemploi et de respect du site et de ses conditions biogéochimiques.

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Le jardin des toiles - Eugénie Marie Laly et Filipa Valenčić

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Plan général du jardin. Production : Eugénie Marie Laly et Filipa Valenčić.

Eugénie Marie Laly est paysagiste conceptrice, diplômée de l'École nationale supérieure de paysage, et Filipa Valenčić est diplômée en architecture du paysage à l'Université de Ljubljana.

 
 
 
 
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Plan de plantation, palette ou ambiance végétale, 1/100. Production : Eugénie Marie Laly et de Filipa Valenčić.

Leur projet s'intitule Le jardin des toiles. Elles l'ont conçu comme un espace d'observation de l'influence d'une installation, en l'occurrence composée de toiles et de pots en argile, sur la dynamique de croissance des plantes.

Elles ont pensé les différentes configurations des toiles afin de canaliser l'eau, protéger et créer de nouvelles interférences dues à l'ombrage pour les plantations. Tandis que les pots en argile ont été imaginés pour collecter et rediffuser une partie de l'eau et ainsi permettre de maintenir une humidité constante du sol.

Sur les six mois d'installation et les cinq mois d'exposition, elles espèrent que les plantes offriront à la vue et aux sens du visiteur des formes et des hauteurs en correspondance avec la structure.

En plus de cet esthétisme, elles désirent rendre leur jardin accueillant et agréable pour ses visiteurs au moyen de ses toiles qui protègent autant de la pluie que des rayons du soleil.

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