Voyage d’étude en Angleterre, mai 2019

 
 

Voyage d’étude pour les étudiants du post-master “Paysage et transition(s)” en Angleterre

Du 29 mai au 2 juin 2019 à Londres et Totnes.

Voyageurs : Campas Paule, Descours Gautier, Durand Coline, Jaouen Fanny, Labouré Alice, Maliet Etienne, Mathieu Clémence, Savalle Chloé et Masafont Joris. Accompagnés par Follea Bertrand, Doreau Auréline, Julien Labruyère Béatrice et Millet Lacombe Mégane.



« Ainsi, la fumée, les cheminées d'usine, les bateaux et les trains à vapeur[...], renvoient à l'apparition en Europe d'un paysage de la circulation, et, plus précisément, de l'énergie. La vapeur renvoie aux machines qui la produisent. Elle signifie l'énergie du travail, la force machinique qui transforme les espaces urbains, et le pouvoir de la civilisation industrielle. La vapeur[...], est comme le signal de l'apparition d'un paysage nouveau en Europe : celui de la technique. »


Jean-Marc Besse, « Villes Européennes à vol d'oiseau : le cas d'Alfred Guesdon (1844 - 1855) » dans Seize Études pour une Histoire Culturelle. Vues Aériennes, sous la direction de Mark Dorrian / Frédéric Pousin. Metispresses, Genève 2012.  



L'histoire de l'évolution des systèmes agricoles (enclosures) a créée des paysages particuliers : Ce phénomène foncier est initialement individuel et va être soutenu par des politiques publiques (Parliamentary Enclosures Acts 1750) qui à leur tour, vont privilégier une population déterminée : « ce mouvement se caractérise par la prise en possession autoritaire des commons de la part de Lords désireux d'améliorer à la fois leur patrimoine foncier et le système agricole qui y était établi » (Luginbühl 2012, p.78). Ainsi, dans les zones périphériques du pays (à l'est et à l'ouest) où le pâturage a un développement croissant et riche, le paysage est fragmenté.

L'appui sur les revenus agricoles plus abondants permet au début du XVIII de développer l'industrie. Les sources d'énergie sont alors limitantes : le bois est utilisé comme matière première pour la construction et le chauffage. Le charbon de bois est utilisé comme combustible domestique, dans les chantiers navals, dans les mines, dans la construction des machines (moulins, roues, métier à tisser) ainsi que dans la production de fer, qui n'est pas encore très développée. Ceci va avoir comme résultat une déforestation importante. L'intérêt de rechercher d'autres solutions au problème de la production énergétique devient impérieux. Le développement industriel ne va avoir un impact important dans le paysage qu'à partir du moment où les sources d'énergie vont permettre l'installation des usines sur tout le territoire, indépendamment des caractéristiques physiques de celui-ci. On utilise ensuite la coke et le charbon, pour le développement des hauts fourneaux (sidérurgie) et quelques entrées hydrauliques. La houille devient la base du développement industriel.

Les représentations des artistes de l'époque vont osciller entre pittoresque et sublime, où la technique est mise en scène. Joseph Wright et J.W. Turner, deux peintres du XIXe siècle, relatent à travers leur œuvres cette révolution industrielle, avec un sublime qui dramatise les scènes. Les propositions de Turner incluent l'idée du mouvement, qui va être un des fondements pour l'impressionnisme français.

Aujourd'hui, l'Angleterre s'engage dans la transition énergétique et la lutte contre le changement climatique de diverses façons. Comme le Royaume-Uni et l'Allemagne s'y sont engagés, la création de micro-stratégies en lien avec la mise en place de coopératives énergétiques locales devient nécessaire. À l'échelle européenne, les expérimentations liées à l'action « Territoires à Énergie Positive », ou 100 % RES Communities en anglais, s'accélèrent (F. Lopez).

 
 
 
 
Visite de Bed Zed

Visite de Bed Zed
 
 
 
 

Programme

Du 29 mai au 2 juin 2019 à Londres et Totnes.

Mercredi 29 mai, étudiants et encadrants ont visité le quartier de Bed Zed, petit quartier, îlot résidentiel de 100 logements, fabriqué au sud de Londres par le cabinet d'architectes Bill Dunster. L'agence Biorégional, gestionnaire des lieux a proposé une visite des espaces communs et intérieurs du quartier avant de répondre aux questions des étudiants. L'après-midi, l'association Repowering London a mené l'équipe autour des "energy garden", premier pas vers l'appropriation des espaces de délaissés ferroviaires de Londres avant de pouvoir placer des panneaux solaires sur les différentes gares de transport en commun. Puis sous la pluie londonienne, la visite s'est poursuivie en haut d'un immeuble du quartier populaire de Brixton sur lequel sont placés sur 7 toitures des panneaux solaires dont l'énergie est reversée directement dans des batteries de stockage présentes dans chaque appartement afin de réguler les prix d'achat de l'énergie. Enfin l'équipe s‘est réunie au community center, où Repowering London a détaillé le fonctionnement de la communauté énergétique : l'argent généré par les panneaux photovoltaïques permet d'être reversé à des projets communautaires (jardins, activités jeunes, ...).

 
 
 
 
Visite des energy garden

Visite des "energy gardens"
 
 
 
 
Jeudi 30 juin, la société Lightsources BP, l'un des leaders mondiaux du développement, de l'acquisition et de la gestion à long terme de projets solaires de grande envergure, a proposé une explication de leur plus grand parc solaire flottant d'Europe. L'installation de 6,3 MW est située à la surface du réservoir d'eau potable Queen Elizabeth II, en périphérie de Londres. Puis une visite a été organisée sur l'architecture et l'urbanisme du Tate Modern, musée situé dans le centre de Londres, à Bankside, dans le district de Southwark, sur la rive droite de la Tamise. Construite dans une centrale électrique désaffectée dessinée par Giles Gilbert Scott, elle constitue l'un des hauts lieux du nouveau Londres. L'ancienne salle des machines a été reconvertie en un immense hall servant à des expositions exceptionnelles. Enfin Alex Hobley, chef de projet environnement à la mairie de Londres, a expliqué le plan énergétique de Londres, Decentralised Energy Enabling Project (DEEP), élaboré sur la base des recommandations du plan d'infrastructure. Les premiers résultats sont une carte spatiale de l'offre et de la demande en énergie de Londres jusqu'en 2050. Il comprend des projections d'infrastructures de chauffage et d'électricité, la modernisation de l'environnement bâti afin de réduire la demande et les transports électriques. Le DEEP a été créé pour permettre au secteur public d'intervenir et de soutenir des projets énergétiques décentralisés de grande envergure à Londres que le marché privé ne parvient pas à développer et à réaliser. Le trajet en train jusqu'à Totnes a permis à Joris Masafont de présenter son travail de thèse portant sur l'adéquation entre projet de paysage, potentiel d'installation d'énergies renouvelables et outils de politique publique en PACA.
 
 
 
 
Vue sur la Tamise depuis le Tate museum

Vue sur la Tamise depuis le Tate museum
 
 
 
 
Vendredi 31 mai, la ville de Totnes a ouvert ses portes aux étudiants et encadrants du voyage. Hal Gilmore de l'association Futurbounds a présenté Totnes qui a été l'une des premières villes à se déclarer en transition à travers les initiatives de ville en transition (Transition Town). Transition Town s'appuie sur trois points, appelés les trois R : augmenter la Résilience locale, Réduire la consommation d'énergie et construire une économie locale régénératrice par la délocalisation, et promouvoir le développement Régénératif. En pratique, Transition Town consiste à inviter les gens à s'approprier le processus en ne prétendant pas avoir toutes les réponses, mais en encourageant la créativité, et en construisant des réseaux avec d'autres organisations. Il s'appuie sur le modèle de «l'aide au projet». Le kitchen table, cantine locale dans la zone industrielle a montré l'un de ces projets et a été le lieu idéal d'une pause "lunch".

 
 
 
 
Visite du barrage hydroélectrique de Totnes

Visite du barrage hydroélectrique de Totnes
 
 
 
 
Samedi 1er juin, l'équipe a visité l'Eden Project, un complexe environnemental dessiné par l'architecte Nicholas Grimshaw sur le thème de la nature et du développement durable. Le site a ouvert au public en mars 2001, après deux années de construction dans une ancienne carrière de kaolin et d'argile. Il comprend deux serres qui abritent chacune un biome, l'un reproduisant les climats tropicaux humides et l'autre les climats chauds et secs de type méditerranéens. Le retour en train jusqu'à Londres a permis de contempler les paysages de Cornouailles.

 

 
 
 
 
Visite de l'Eden project

Visite de l'Eden project
 
 
 
 

Dimanche 2 juin, les étudiants ont visité la collection du Tate Britain, musée national qui regroupe notamment les oeuvres de Turner, peintre de la 1ere révolution industrielle. Juliana Rojas Navaro, qui a réalisé en 2016 un mémoire à l'ENSP et avec la chaire sur les représentations artistiques du paysage industriel en Angleterre, les a accompagné dans cette visite.


Ainsi ce voyage a permis d'aborder un ensemble de thématiques dans le contexte anglais et à travers plusieurs échelles. Les projets divers ont permis le partage de connaissances sur les spécificités de planification spatiales.