Du sol au ciel, quand les défis de l’alimentation se rencontrent pour faire projet de territoire

15 juillet 2020

 
 
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Au cours de cette année 2020, nous avons tous été contraints d’attendre la fin du confinement. Quelle meilleure opportunité pour penser au monde d’après? Une crise est un signal d’alarme qui nous force à dresser un bilan de nos choix passés, en tirer des leçons, et anticiper avec plus de précision les réactions à adopter.

Depuis 2009, la société RTE, la communauté d’agglomération Melun Val de Seine et la communauté de communes Brie Rivières et Châteaux souhaitent donner un sens durable à leurs projets et leurs actions territoriales respectives en affirmant leurs responsabilités écologiques.
La présente étude a pour vocation d’aider les partenaires à intégrer les infrastructures de transport d’électricité qui rythment leurs paysages et à faire évoluer la perception que les habitants peuvent en avoir. Dans le cahier des charges de l’étude, il est également demandé de prendre connaissance des ressources dont le territoire dispose pour adapter au mieux l’implantation d’énergies renouvelables.

Comme toute décision de politique énergétique s’accompagne d’une transformation des paysages, la Chaire Paysage et énergie de l’ENSP a été sollicitée pour mener à bien ces réflexions et aider les collectivités à porter un regard différent sur l’infrastructure de transport électrique perçu trop souvent négativement par les populations.
 
 
 
 

Une analyse fine du territoire

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La méthodologie de projet s’est construite grâce à un arpentage, une perception sensible des plateaux de l’Ancoeur, une analyse des documents de diagnostic paysagers (Plan de Paysage du Val d’Ancoeur) et des échanges auprès d’acteurs de l’énergie et du développement de territoire.
La perception de la ligne a permis de traverser une diversité de paysages aux caractéristiques agricoles et urbaines variées et des enjeux patrimoniaux uniques. Les potentiels de transformation agricoles du territoire paraissent un moteur de projet important pour inscrire différemment l’énergie tant sur les aspects d’usage que de qualité infrastructurelle.

Pour développer le projet, un redécoupage en 5 sous-unités de paysages découle de l’analyse sur le Val d’Ancoeur
- La plaine de Voisenon et son horizon boisé 
- La lisière urbaine au fort potentiel maraîcher
- La plaine de Saint Germain Laxis en openfield
- Les cultures sous l’influence patrimoniale des châteaux
- Les clairières en milieu humide le long de l’Ancoeur

Les deux sites choisis pour le projet furent Le nord de Vaux le Vicomte (château), le Ru de Bouisy (poste électrique) qui rassemblaient l’ensemble des enjeux identifiés lors du constat d’analyse.
Les grands principes de ce projet consistent en: 
- Un travail des lisières et une redéfinition des limites
- Un jeu de miroir entre les lignes, un reflet au sol de ce qui anime le ciel 
- Le réemploi des sites pétroliers pour le développement de la méthanisation
- Réinsérer le sylvopastoralisme dans les espaces de grandes cultures (AOC Melun)
- Élargir l’influence de la ripisylve sur les rus traversant les plaines céréalières

On peut rajouter à cette analyse l’extension urbaine, l’envie de muter le périurbain. Toutes ces actions contribuent à la mise en place d’un Projet Agricole de Territoire qui permet de transformer le regard sur la perception du patrimoine (patrimoine énergétique, et historique),le rapport à l’alimentation, qualité de vie spatiale, et le rapport à l’habitat.
 
 
 
 
 

Autour de Vaux le Vicomte

Deux cadrage de projet ont été choisis. Le premier traite des interactions entre le nord de Vaux le Vicomte et la commune de Saint Germain Laxis.
Ce cadrage tient compte de plusieurs enjeux identifiés :
- Une fragilisation du ru Bobbée par le passage de la ligne RTE
- Une absence de dynamique dans l’horizon (cultures céréalières en openfield)
- Une absence de diversité dans les formes agricoles rencontrées
- Des toitures et des pylônes prégnants dans le paysage
 
Deux exemples de projet dans ce premier cadrage permettent de comprendre l'insertion du projet dans le territoire. Proche de l'ouest du Parc de Vaux le Vicomte le projet vient s’inscrire dans le prolongement d’une conduite forestière régulière dans le bois du domaine tout en soulignant l’infrastructure électrique depuis le chemin de randonnée qui relie le domaine à Saint Germain Laxis. Ainsi la forme géométrique de la ligne électrique vient répondre à celle formée au sol.
Au nord du domaine, le projet s’inscrit dans la partie manquante du corridor patrimonial, en soulignant à nouveau le linéaire électrique. En se plaçant  à proximité directe du sentier, l’objectif est de donner à voir une nouvelle gestion des pieds de lignes qui amènera une valeur ajoutée à ce que produit le réseau énergétique.L’occupation de cette zone pourra être faite par une exploitation viticole.
 
 
 
 
 

Poste électrique de Sivry Courtry

Le deuxième cadrage s’articule autour du poste électrique de Sivry Courtry. Un choix qui fut initié par la société RTE soucieuse de l’impact de ses lignes dans le paysage et des moyens à mettre en oeuvre pour l’intégrer.
Ce cadrage tient également compte de la traversée des ILT par le GR1 et du ru de Bouisy par le réseau électrique.  
 
Sur une parcelle attenante au ru de Bouisy, le poste électrique de Sivry Courtry impose par sa forte présence la rencontre entre des motifs paysagers issue d’un patrimoine historique et électrique. Une anachronie qui perturbe sa lecture dont on ne peut se substituer, tant la couleur du bâtiment semble concentrer les regards. Pour atténuer l’accumulation de pylônes et réduire l’exposition aux vents, l'étude préconise de poursuivre l’alignement de tilleuls le long de la RD408, et de se saisir du foncier disponible de part et d’autre du mur d’enceinte pour la plantation de grands sujets (érable, sycomore, hêtre). Placés dans l’angle sud du poste, ces derniers ne deviendraient pas un obstacle au passage et à l’entretien des lignes.
 
 
 
 

Lien entre patrimoine historique et électrique

A court terme cette étude propose l’agroforesterie, le travail sur les ripisylves (qualité des eaux, biodiversité, mesures compensatoires...), des lisières urbaines de qualité, et des alignements de bords de routes comme projet de territoire.  
À moyen terme, l'étude insiste sur la mise en relation des partenaires pour le développement de la méthanisation et du sylvopastoralisme.
 
Par le biais d’un projet agricole spatialisé, un nouveau lien se crée entre le patrimoine historique et électrique qui participera à une mise en valeur réciproque de l’infrastructure et du château.

 
 
 
 

Partenaires : RTE, communautés de communes Melun Val de Seine et Brie Châteaux Rivière

 

Chargé de mission : Théo Turquois

 

Encadrant : Claire Alliot