Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles
Laboratoire de recherches
Actes des séminaires
«Etapes de recherches en paysage»
Numéro
7, 2004-2005
Ezzeddine Houimli et Pierre Donadieu :
«Le meskat, un système de production oléicole face à
l'étalement de la ville : le cas de la région de Sousse-Nord»
Résumé
L'olivier, et donc l'oléiculture, sont parmi les plus anciennes pratiques
qui accompagnent la vie socio-économique du Tunisien. La généralisation
de cette culture dans tout le territoire résulte de ses grandes
aptitudes à s'adapter à différents types de sols et
à divers bioclimats régionaux. Cette "élasticité"
de la culture et la générosité de ses productions font
de l'olivier un capital à part entière pour la société
tunisienne, et ce depuis les époques antiques. La tradition du jessour
dans le Sud tunisien ou bien celle du meskat dans le Sahel de Sousse
attestent des potentialités d'adaptation de cet arbre séculaire
aux conditions contraignantes du milieu.
Fondée essentiellement sur l'interception et le contrôle des
eaux de ruissellement par le système hydraulique des meskats,
la culture de l'olivier persiste dans le Sahel grâce à la pratique
de soins séculaires. Il s'agit d'un patrimoine culturel précieux
véhiculant les règles du savoir-faire paysan qui représentent,
à leur tour, la meilleure manière de valoriser les terres
agricoles.
Aujourd'hui, les meskats sont toujours la composante la plus importante
de l'organisation du territoire soussien et de la production des paysages
périurbains et ruraux. Mais leur répartition territoriale,
historiquement très proche des vieux centres urbains, rend incertaine
leur résistance face à la pression d'une urbanisation de plus
en plus étalée et fortement consommatrice d'espace. La méconnaissance
ou la mauvaise prise en compte du système des meskats a pour conséquence
la mise en péril des oliveraies du fait que, si les oliviers eux-mêmes
sont souvent respectés, les impluviums qui permettent leur bonne
irrigation sont trop souvent urbanisés.
La question de la place que doivent occuper ces oliveraies périurbaines
dans les projets territoriaux se pose aujourd'hui. Au-delà du simple
aspect économique d'une production agricole, les oliveraies en meskats
ne devraient-elles pas être mieux intégrées dans les
projets urbains au non de la valeur patrimoniale des paysages agricoles
singuliers qu'elles représentent ?
Mots-clés : paysage agricole, agriculture périurbaine,
olivier, meskats.