Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles
Laboratoire de recherches
Actes des séminaires
«Etapes de recherches en paysage»
Numéro
4, novembre 2001
Roland Vidal :
«Sables-d'Or-les-Pins et l'urbanisme balnéaire français
: la construction d'une singularité».
Résumé
L'aboutissement, au XIXe siècle, des vastes campagnes de stabilisation
du littoral français, a pour effet de rendre disponibles des terrains
constructibles à proximité des plages, au moment même
où l'expansion de la pratique du bain de mer leur donne une nouvelle
utilité. En effet, poussées par l'inconfort croissant des
villes industrielles et aidées par l'expansion rapide du chemin de
fer, les classes sociales favorisées de l'Europe Occidentale redécouvrent
les vertus thérapeutiques et mondaines de la villégiature,
d'abord en réinvestissant les stations thermales, puis en s'installant
dans ces «villes nouvelles» que sont alors les stations balnéaires.
Celles-ci se révèlent être des opérations immobilières
fructueuses pour des promoteurs qui, à la suite du succès
de Brighton en Angleterre et de Deauville en France, en construisent par
centaines sur le littoral de la Manche et de l'Atlantique puis, plus tardivement,
sur la côte méditerranéenne. Implantées sur des
terrains particulièrement malléables, donc propices à
une «table rase», et organisées dans le simple but d'optimiser
la relation physique et visuelle entre les bâtiments d'habitation
et la plage, toutes ces stations sont conçues sur un plan d'urbanisme
qui tend à être toujours le même : un quadrillage
orthogonal appuyé sur le front de mer.
La répétition quasi-systématique de cette forme urbaine
rappelle les villes coloniales et le peu de relations qu'elles ont avec
le territoire de leur implantation. Malgré une architecture très
créative, les stations balnéaires tendent ainsi à se
ressembler entre elles, tant par leur forme que par la manière dont
elles répondent à une attente sociale unique : la pratique
du bain de mer.
Quelques exceptions émergent de cette monotonie et Sables-d'Or-les-Pins
en fait partie. Conçue comme une ville-parc de bord de mer, mais
établie dans un jeu complexe et abouti de relations avec l'ensemble
du territoire de son implantation, elle est l'oeuvre d'un entrepreneur original
associé à deux paysagistes. Leur projet ne se présente
pas comme une composition posée sur une table rase, mais comme une
nouvelle organisation d'un territoire, appuyée sur une bonne connaissance
des usages antérieurs et ouverte à des usages à venir.
L'hypothèse que l'on veut vérifier ici est que la mise en
oeuvre d'un savoir-faire et d'une sensibilité de paysagiste, dans
un projet comme celui de Sables-d'Or-les-Pins, en favorisant des sentiments
d'appropriation plutôt que de dépossession, peut contribuer
à la construction durable d'une identité territoriale.
Mots-clés : urbanisme balnéaire, identité territoriale,
projet de paysage, Bretagne
La thèse de Roland Vidal, intitulée : La construction
paysagère d'une identité territoriale ; Imaginaire et réalité
dans une station balnéaire des Côtes-d'Armor : Sables-d'Or-les-Pins,
a été soutenue en mars 2003 à l'ENGREF-Paris.